Lire le nom d’un medaka : la classification JMA en 7 groupes

Un nom de medaka japonais n’est pas un nom de fantaisie. C’est une description, assemblée dans un ordre fixe, que la Japan Medaka Association (JMA) a codifiée dans un manuel de classification à sept groupes et 45 caractères. Quand on sait le lire, « Sanshoku lamé Miyuki Daruma » dit exactement à quoi ressemble le poisson. Cette page explique la grammaire des noms, groupe par groupe, et sert de référence à toutes les fiches de medaka.fr.

Pourquoi un standard

Le medaka amélioré (改良メダカ) est né de la sélection de la forme sauvage d’Oryzias latipes. Autour de l’an 2000, le Japon comptait une vingtaine de variétés. En avril 2019, l’encyclopédie en ligne de Medaka no Yakata en recensait 552. En septembre 2026, elle en compte 909. Chaque éleveur baptise ses créations d’un nom de maison, et le même poisson peut circuler sous trois noms différents. Pour que les concours puissent juger et que les amateurs sachent ce qu’ils achètent, la JMA publie depuis plusieurs années un manuel officiel de classification. La cinquième édition date de septembre 2025. Elle est téléchargeable gratuitement et librement utilisable, et c’est celle que nous suivons.

Le principe est simple. Un medaka se décrit par sept groupes de caractères, toujours dans le même ordre. Le nom de variété s’obtient en accolant les caractères présents. Un caractère absent ne s’écrit pas. Le nom de maison, lui, est un surnom commercial qui s’ajoute ou se substitue au nom de variété.

Les sept groupes, dans l’ordre

1. La couleur du corps (体色)

Dix couleurs de base. Elles résultent de la combinaison de quatre types de cellules pigmentaires : les mélanophores (noir), les xanthophores (jaune), les leucophores (blanc) et les iridophores (reflets). Une variété n’a qu’une couleur de base, sauf les bicolores et tricolores, qui sont traités par le groupe des motifs.

Japonais Français fixé Ce qu’on voit
茶 (cha) brun la forme sauvage, brun olive, le Kuro medaka d’élevage
黄 (ki) jaune le Himedaka, la plus ancienne variété, jaune orangé
白 (shiro) blanc corps blanc laiteux, sans jaune
青 (ao) bleu gris bleuté, plus ou moins soutenu selon le fond
黒 (kuro) noir du gris anthracite au noir profond de la lignée Orochi
黄金 (ōgon) doré jaune à reflets métalliques
琥珀 (kohaku) ambre brun orangé translucide ; à ne pas confondre avec Kōhaku 紅白, rouge et blanc
朱赤 (shuaka) vermillon le rouge orangé du Youkihi
オレンジ orange orange franc, moins rouge que le vermillon
ピンク rose rose pâle, souvent sur écailles transparentes

2. Les écailles (鱗)

Deux caractères. Les écailles transparentes (透明鱗, tōmeirin) laissent voir les opercules, qui paraissent rouges, et les pigments profonds. Les écailles semi-transparentes (半透明鱗) sont la base de la lignée Aurora (オーロラ), intermédiaire entre transparent et opaque, qui donne des dégradés de couleur sur le corps et sert de support à beaucoup de variétés lamées récentes.

3. Les yeux (目)

Dix caractères, que le manuel range en deux familles. Trois de couleur : albinos (アルビノ, pas de mélanine, yeux rouges), panda (パンダ, contour de l’œil noir sur écailles transparentes) et œil rubis (ルビーアイ). Sept de forme : petit œil (スモールアイ), œil saillant (出目, deme), œil frontal (目前, memae), grand œil (ビッグアイ), œil à bulle (水泡眼), œil terre (アースアイ, iris bleu ou argent) et œil platine (プラチナアイ). Le panda est de loin le plus répandu en Europe.

4. Les iridophores (虹色素胞)

C’est le groupe qui a fait le medaka moderne. Six caractères décrivent où et comment les cellules réfléchissantes s’expriment.

Japonais Français fixé Ce qu’on voit
ラメ (lamé) lamé écailles brillantes éparses, comme des paillettes
体外光 (taigaikō) lumière externe bande réfléchissante le long du dos, de la dorsale vers la tête ; c’est le caractère du Miyuki
体内光 (tainaikō) lumière interne reflet coloré vu à travers le corps, sur écailles transparentes
全身体内光 corps entier lumineux lumière interne sur tout le corps
腹膜光 (fukumakukō) lumière péritonéale membrane abdominale réfléchissante, bleue ou dorée
ヒレ光 ligne de nageoire bord des nageoires réfléchissant

Les éleveurs lisent la lumière externe par grades : faible (弱光), forte (強光), super (スーパー光) et corps entier (フルボディ). Le manuel, lui, note sa couleur (blanche, bleue, dorée, verte, bicolore), sa position (lumière de tête 頭光, lumière latérale 横光) et sa forme (écaille par écaille, en points). Le masque de fer (鉄仮面), où la lumière recouvre la tête jusqu’au museau, figure dans le manuel parmi les trois « raretés » (珍種), avec le mélanome (メラノーマ) et la tête de lion (獅子頭). Les alevins Miyuki naissent sombres. La lumière monte avec l’âge et avec la lumière du soleil.

5. Les motifs (柄)

Deux caractères : les taches (斑, buchi, que le manuel appelle aussi 錦, nishiki) et le liseré noir (ブラックリム, black rim). Les bicolores et tricolores sont des combinaisons de couleur et de taches. Le tableau des surnoms de la JMA le montre : Kōhaku (紅白) se nomme officiellement « blanc vermillon écailles transparentes », et Sanshoku nishiki (三色錦) « blanc vermillon écailles transparentes taches ». Le vocabulaire vient des koï, mais le japonais du medaka dit Sanshoku, pas Sanke.

6. Les nageoires (ヒレ変化)

Douze caractères. Les plus courants en Europe :

  • Longfin (ロングフィン) : toutes les nageoires allongées, de façon régulière.
  • Hirenaga (ヒレ長) : nageoires longues de la lignée Matsui, souvent plus effilées.
  • Swallow (スワロー) : certains rayons s’allongent irrégulièrement, comme des filaments.
  • Samurai (サムライ) : nageoire dorsale fendue en deux.
  • Maruko (マルコ) : pas de nageoire dorsale.
  • Wide fin (ワイドフィン) : nageoires élargies.

Le manuel liste aussi la caudale en losange (菱尾, celle du type Hikari), le Meller (メラー, rayons de nageoires fendus en pointes), le Real Longfin (リアルロングフィン), le Morpho (モルフォ, nageoires larges et irisées), les nageoires touffues (フサヒレ) et les nageoires étroites (ナローフィン).

7. La morphologie (体型)

Trois caractères, plus le type normal qui ne s’écrit pas.

  • Type normal (普通体型) : la silhouette sauvage.
  • Hikari (ヒカリ) : la nageoire anale a la forme et la taille de la dorsale, la caudale est en losange, et le dos porte un reflet. C’est une mutation de symétrie, pas une couleur.
  • Daruma (ダルマ) : vertèbres raccourcies, corps court et rond. Le gène existe chez tous les medakas et s’exprime quand les œufs incubent au-delà de 28 °C. Le semi-Daruma (半ダルマ) est intermédiaire.
  • Hikari-Daruma : les deux à la fois.

Lire un nom complet

On lit dans l’ordre des groupes. Quelques exemples de noms qui circulent chez nous :

Nom Décomposition
幹之 Miyuki couleur blanche ou bleue, lumière externe, type normal ; c’est un nom de maison devenu nom courant
三色ラメ Sanshoku lamé blanc + vermillon + noir (motif tricolore), lamé
幹之ダルマ Miyuki Daruma lumière externe, type Daruma
オーロラ黄ラメ Aurora jaune lamé jaune, écailles semi-transparentes, lamé
楊貴妃パンダ Youkihi panda vermillon, écailles transparentes, œil panda
三色ラメ幹之ダルマ tricolore, lamé, lumière externe, type Daruma

Nom de variété et nom de maison

Chaque medaka amélioré porte deux noms. Le nom de variété suit la grammaire ci-dessus. Le nom de maison (ハウスネーム ou 屋号) est le surnom donné par l’éleveur qui a créé ou fixé la lignée : Youkihi, Miyuki, Orochi, Saboten, Neptune sont des noms de maison. Ils désignent une lignée précise, avec son créateur, son année et son histoire. Quand un poisson arrive en Europe sous un nom anglais comme « Platinum », « Black Dragon » ou « Orange Black », c’est un troisième niveau : le nom de vendeur. Il ne dit ni la lignée ni le créateur. Nos fiches signalent toujours de quel niveau relève le nom, et donnent la correspondance JMA quand elle est sûre.

Lignée, variété, variété fixée

L’encyclopédie de Medaka no Yakata distingue trois statuts. Une lignée (系統) est un groupe issu d’une même sélection. Une variété (品種) a des caractères distincts et reconnaissables. Une variété fixée (固定品種) reproduit ses caractères dans au moins 30 % de sa descendance. Ce chiffre s’appelle le taux de fixation (固定率). Un Neptune est donné à environ 70 %, un Sanshoku bien plus bas, parce que le motif se répartit au hasard. C’est le taux de fixation qui explique les écarts de prix entre variétés, et c’est lui qu’il faut regarder avant d’acheter des géniteurs.

Les chiffres à retenir

Groupes de caractères 7
Caractères décrits 45, plus 3 raretés (manuel JMA, 5e édition, septembre 2025)
Variétés recensées environ 20 en 2000, 552 en 2019, 909 en 2026
Seuil d’une variété fixée 30 % de la descendance conforme
Température qui exprime le Daruma au-delà de 28 °C à l’incubation

Questions fréquentes

Miyuki est-il une couleur ?

Non. Miyuki (幹之) est le nom de maison de la lignée qui a fixé la lumière externe. On parle de Miyuki blanc, Miyuki bleu, Miyuki noir : la couleur change, le caractère reste.

Quelle différence entre lamé et lumière externe ?

Le lamé est fait d’écailles brillantes dispersées sur le corps. La lumière externe est une bande continue sur la ligne du dos. Un même poisson peut avoir les deux.

Hikari veut-il dire brillant ?

Le mot signifie lumière, mais dans la classification, Hikari désigne une morphologie : dorsale et anale symétriques, caudale en losange. Un Hikari jaune est un Himedaka de type Hikari, pas un Himedaka plus brillant.

Où trouver le manuel JMA ?

Sur le site de la Japan Medaka Association, en PDF, avec un tableau qui relie les surnoms commerciaux aux noms de variété. Il est en japonais. Notre glossaire en donne les termes en français.

Sources

  • Japan Medaka Association, 改良メダカ品種分類マニュアル, 5e édition, septembre 2025, jma-medaka.com/medaka-variety-classification-manual/
  • Medaka no Yakata, 改良メダカWEB図鑑, page de recherche par caractères et « comment lire le WEB図鑑 », medakazukan.net/varietyofmedaka/ et medakazukan.net/mikata/
  • Medaka no Yakata, 改良メダカの分類方法, medakanoyakata.jp/?mode=f57
  • Tokyo Aqua Garden, メダカの種類・品種・体型・鱗とは, t-aquagarden.com/column/medaka_variety