Élever des medakas en extérieur : bac, vasque ou biotope

Le medaka est un poisson d’extérieur. Un bac de 30 L ou plus, posé au soleil une partie de la journée, planté, sans filtre, avec un poisson par litre au plus, lui suffit pour vivre, prendre ses couleurs et se reproduire. L’entretien tient à des ajouts d’eau, un changement par mois et un filet contre les prédateurs.

Pourquoi dehors

Oryzias latipes vient des rizières et des fossés du Japon. Il a évolué dans une eau peu profonde, chauffée par le soleil le jour, refroidie la nuit, sans courant. Un bac extérieur reproduit ces conditions bien mieux qu’un aquarium. Les éleveurs japonais relèvent que le soleil renforce la couleur des poissons et leur santé, et que l’élevage en extérieur dispense de filtre. C’est aussi ainsi qu’on élève chez nous à Lesneven : les bacs de reproduction sont dehors de mars à octobre.

Le soleil apporte deux choses précises. La couleur d’abord : un Youkihi (楊貴妃) élevé dehors sur fond sombre est plus rouge qu’un Youkihi d’aquarium, parce que la lumière naturelle et le fond sombre stimulent le color-up. La reproduction ensuite : la ponte se déclenche avec 13 à 14 heures de jour, ce que le soleil fournit gratuitement d’avril à août.

Choisir le bac : bassine, vasque ou biotope

Trois familles de contenants, toutes valables.

Le bac de polystyrène ou de plastique. C’est le choix des éleveurs. Léger, isolant, opaque, peu coûteux. Un bac de 30 à 60 L en polystyrène expansé garde la température stable et passe l’hiver. Il n’est pas beau, mais les poissons ne s’en soucient pas.

La vasque. Le bac à nénuphar (睡蓮鉢, suirenbachi) est la vasque traditionnelle japonaise, en céramique ou en résine, large et peu profonde. Elle se regarde de dessus, ce qui est la bonne façon de regarder un medaka amélioré. Les modèles en résine sont légers et tiennent le froid mieux que la céramique. Les bacs auto-portants du type Medaka Bowl 420 (16 L) et Medaka Bowl 600 (36 L) sont dans cet esprit : le 420 convient à un petit groupe en saison, le 600 est le minimum pour hiverner dehors.

Le biotope de balcon. Pour un balcon, on choisit un contenant léger et de grand volume, en résine plutôt qu’en céramique. Les Japonais citent des bacs de 40 × 40 cm. On l’adosse au mur du logement, à l’abri du vent, et on vérifie que le sol supporte le poids : 40 L d’eau, c’est 40 kg, plus le bac et le substrat. On évite l’endroit où il pourrait déborder chez le voisin du dessous.

Dans tous les cas, le verre est à éviter dehors : il chauffe, il gèle, il casse. Et une couleur sombre du fond et des parois fait ressortir les couleurs de la plupart des variétés, sauf les verts et les lamés, mis en valeur par le blanc. Un Black Dragon qui n’est pas de lignée Orochi pâlit sur fond clair.

L’emplacement : soleil et ombre

Le bon endroit reçoit le soleil une partie de la journée, 6 à 8 heures selon les éleveurs de biotope de balcon, avec de l’ombre aux heures chaudes. Un soleil intermittent vaut mieux qu’un plein soleil de midi à seize heures. Dehors, l’eau d’un bac peut monter à 35 °C en été, alors que le medaka est en stress dès 30 °C. La canisse posée sur la moitié du bac est la solution la plus simple.

En Bretagne, on cherche le soleil : un mur au sud, pas d’ombre portée. Dans le Sud, on cherche l’ombre de l’après-midi : un mur à l’est, une pergola. Dans le Nord, on fait comme en Bretagne, en surveillant les pics de chaleur de juillet. On évite partout le dessous d’un arbre à feuilles caduques, qui remplit le bac de feuilles en automne, et les endroits où l’eau de pluie du toit se déverse dans le bac.

Sans filtre : les plantes et les bactéries font le travail

Un bac extérieur bien conçu n’a pas de filtre. Ce sont les bactéries nitrifiantes, fixées sur le substrat et les parois, qui transforment l’ammoniaque des déjections en nitrites puis en nitrates, et les plantes qui consomment ces nitrates. Le medaka n’aime pas le courant, et un filtre puissant le fatigue.

Les bactéries mettent environ 4 semaines à s’installer. Pendant les 3 premières semaines, l’eau accumule des composés toxiques. Elles travaillent bien entre 23 et 26 °C, ralentissent sous 18 °C, et cèdent la place à d’autres microbes au-delà de 27 °C. Deux conséquences. On démarre le bac au printemps, quand l’eau tiédit, pas en plein hiver. Et pendant le premier mois, on change un tiers de l’eau tous les 2 à 3 jours, ou un cinquième à un tiers régulièrement sur les 3 premières semaines, le temps que le cycle s’établisse. On n’introduit que quelques poissons au départ, car ce sont leurs déjections qui nourrissent les bactéries. On ne nettoie jamais tout d’un coup.

Un substrat aide. L’akadama, cette terre rouge japonaise en granulés de 3 à 6 mm, sur 5 cm si l’on plante, offre une grande surface aux bactéries et convient aux plantes. Un gravier fin ou un sable de Loire font aussi l’affaire.

Les plantes

Elles ombragent, oxygènent, absorbent les nitrates, servent de support de ponte et cachent les alevins. Le ratio japonais de Kamihata est de 10 cm de plante pour 1,5 L d’eau. Les espèces qui marchent dehors en France : l’élodée et le Najas, qui poussent vite ; la Cabomba en eau claire ; la mousse de Java sur une pierre ; la Ludwigia pour la couleur. En flottantes, les Japonais utilisent la jacinthe d’eau, mais sa vente est interdite dans l’Union européenne depuis 2016 (espèce invasive) : on la remplace par la grenouillette (Hydrocharis morsus-ranae), flottante indigène qui hiverne au fond sous forme de bourgeons. La laitue d’eau (Pistia) est interdite elle aussi. La lentille d’eau couvre vite toute la surface et se ramasse à l’épuisette.

On ne couvre jamais toute la surface : il faut de la lumière pour le fond et de l’échange gazeux à la surface. Un tiers à la moitié de surface plantée est une bonne mesure.

L’eau verte : une alliée à doser

L’eau verte (グリーンウォーター) est une eau chargée de phytoplancton. Au Japon, elle est recherchée : elle nourrit les alevins en continu, stabilise la température et masque les poissons aux yeux des prédateurs aériens. Elle vient d’elle-même dans un bac au soleil, sans plantes, en 2 à 3 mois. On peut l’accélérer en quelques jours avec de la chlorelle concentrée, à raison de 1 mL pour 10 L, dans un bac ensoleillé et aéré, sans substrat ni plantes.

Le bon dosage se juge à l’œil : on doit encore deviner le fond du bac. Trop dense, elle consomme l’oxygène la nuit et les poissons pipent à la surface le matin. Elle cache aussi les larves de libellule. Elle se dégrade au-delà de 30 °C. Si elle sent mauvais, c’est le signe d’une dérive vers les cyanobactéries, et on change une partie de l’eau. On la dilue par des changements d’eau successifs, jamais d’un coup. Pour les alevins, une eau verte légère vaut mieux qu’une eau opaque.

Ajouter de l’eau plutôt que la changer

C’est le principe d’entretien du bac extérieur. L’évaporation d’été fait baisser le niveau ; on le complète. L’eau ajoutée est déchlorée, c’est-à-dire laissée reposer 24 h dehors dans un seau, et à la même température que le bac. On verse lentement, le matin ou en milieu de journée, jamais à l’aube ni au crépuscule, et on s’arrête avant le débordement. On n’ajoute pas d’eau pendant un traitement ou un bain de sel, car cela dilue le produit.

L’ajout d’eau garde la qualité stable et évite les chocs. Il ne remplace pas tout : un changement d’eau d’un quart à un tiers, environ une fois par mois en saison, retire ce que les plantes n’ont pas consommé. En hiver, aucun changement, des ajouts seulement.

Densité et nourrissage

La règle est de 1 L par poisson au minimum. Un bac de 60 cm, soit environ 55 L, reçoit 50 à 60 medakas au plus, et bien moins si l’on veut des poissons en pleine forme et de l’eau propre. Chez nous, un Medaka Bowl 600 de 36 L héberge confortablement une quinzaine d’adultes.

Le nourrissage se règle sur la température : un à deux repas par jour, deux en été, en quantité mangée en deux à trois minutes, et rien sous 10 °C. Dehors, les poissons trouvent aussi des larves de moustique, des daphnies et des algues, et mangent moins d’aliment sec qu’en aquarium. Le détail est dans le guide de l’alimentation.

Protéger le bac

Le premier prédateur est la larve de libellule (ヤゴ, yago). Les libellules pondent à travers un filet posé sur l’eau : on le surélève de 5 cm. Viennent ensuite les chats, les hérons, les martins-pêcheurs, les corneilles, et pour les alevins les tritons et l’hydre. Un filet à mailles fines sur un cadre, du type Medaka Cover Net, règle l’essentiel. Le guide des prédateurs détaille chaque cas.

Le filet protège aussi des feuilles et limite l’évaporation. Il se pose en avril et reste jusqu’aux gelées.

Les chiffres à retenir

Volume 16 L pour un petit groupe en saison ; 30 L et une zone profonde pour hiverner dehors
Densité 1 L par poisson au minimum
Ensoleillement 6 à 8 heures, avec ombre aux heures chaudes ; canisse sur la moitié du bac en été
Cycle bactérien environ 4 semaines ; changements d’un tiers tous les 2 à 3 jours au démarrage
Plantes 10 cm de plante pour 1,5 L ; un tiers à la moitié de la surface
Eau verte 1 mL de chlorelle pour 10 L ; le fond doit rester visible
Entretien ajouts d’eau déchlorée à la même température ; un changement par mois en saison ; aucun en hiver
Filet surélevé de 5 cm contre les libellules

Questions fréquentes

Faut-il un bulleur dehors ?

Pas en général. Les plantes et la surface suffisent. Une aération faible aide seulement en été, dans un bac chargé ou en eau verte dense. Un courant fort fatigue les medakas.

L’eau de pluie convient-elle ?

Elle est sans chlore et souvent douce, ce qui est un avantage. Elle peut être acide ou chargée de ce qu’elle a lavé sur le toit. On l’utilise pour les ajouts d’eau, en évitant les premières pluies après une longue sécheresse.

Mon eau est trouble et brune, pas verte : que faire ?

C’est en général un excès de nourriture ou de feuilles en décomposition, souvent au premier mois. On réduit le nourrissage, on retire les débris, on change un tiers de l’eau tous les 2 à 3 jours jusqu’à ce que l’eau s’éclaircisse.

Peut-on mélanger plusieurs variétés dans un bac extérieur ?

Elles cohabitent sans problème, mais elles se croisent. Si l’on veut reproduire une variété, un bac par variété. Voir le guide de la reproduction.

Par quoi commencer ?

Un bac de 30 L ou plus, un substrat, deux ou trois plantes, quatre semaines de patience, puis un petit groupe d’une variété robuste comme le Youkihi. Le pas-à-pas complet est dans le guide d’installation.

Sources