Les medakas pondent presque chaque jour dès que l’eau dépasse 18 à 20 °C et que la journée dure 13 à 14 heures. La femelle accroche ses œufs sur une plante ou une brosse de ponte, et il faut les retirer, car les parents mangent œufs et alevins. Comptez ensuite 250 degrés-jours d’incubation, soit 10 jours à 25 °C, avec un suivi quotidien qui fait passer le taux d’éclosion de 30-50 % à 70-90 %.
Ce qui déclenche la ponte
Trois conditions doivent être réunies. La première est la température : les Oryzias latipes entrent en reproduction à partir de 18-20 °C, et la ponte est régulière entre 20 et 25 °C. Au-delà de 30 °C, les poissons sont en stress et la ponte se dérègle. La deuxième est la lumière : il faut 13 à 14 heures de jour. Hors saison de reproduction, 8 à 10 heures suffisent, et c’est ce raccourcissement qui met les poissons au repos. La troisième est la nourriture : une femelle qui pond chaque jour dépense beaucoup, elle doit manger deux fois par jour en été, en petites portions consommées en deux à trois minutes.
En France, ces conditions se rencontrent naturellement d’avril-mai à septembre selon la région. En Bretagne, l’eau d’un bac extérieur atteint 20 °C plus tard qu’en Provence, mais les journées longues de juin sont les mêmes partout. En aquarium chauffé et éclairé, on peut faire pondre toute l’année, à condition de respecter le rythme lumineux et de laisser des périodes de repos aux femelles. Le calendrier détaillé est dans les medakas au fil des saisons.
Composer le bac de reproduction
Il faut d’abord savoir qui est qui. Le mâle porte une dorsale et une anale plus grandes, l’anale a une forme de parallélogramme au bord dentelé. La femelle a des nageoires arrondies et un ventre plus rond. Le détail nageoire par nageoire est dans sexer les medakas et choisir ses géniteurs.
Un bac de reproduction contient plus de femelles que de mâles. Un mâle féconde plusieurs femelles, et un excès de mâles épuise les femelles par des poursuites continues. Un mâle pour deux femelles est une base de travail courante. On respecte la densité générale d’un litre par poisson au minimum, et on donne des cachettes en plantes. Une petite dizaine de poissons dans un bac de 20 à 30 litres est un bon format pour une famille de géniteurs.
Pendant la saison, on nourrit les géniteurs deux à trois fois par jour en petites quantités plutôt qu’en un seul gros repas. Un aliment riche conçu pour la reproduction convient, par exemple Hikari Medaka Breed. Le reste de l’alimentation est traité dans le guide complet de l’alimentation.
Le support de ponte : plantes ou brosse
Le matin, la femelle nage avec une grappe d’œufs collée sous le ventre. Dans la journée, elle les frotte contre un support et les œufs y restent accrochés par leurs filaments. Deux supports fonctionnent. Les plantes à feuilles fines, comme l’élodée, la Cabomba, la mousse de Java ou les racines des plantes flottantes, reçoivent naturellement les œufs. C’est la solution du biotope planté, mais elle rend la collecte fastidieuse.
La brosse de ponte, ou sanranshō (産卵床), est un tampon de fibres synthétiques monté sur un flotteur. Les femelles l’adoptent vite, et on la sort du bac d’un geste pour examiner les œufs. C’est le support le plus pratique pour qui veut collecter. Il en faut une par bac, deux dans un grand bac pour que les femelles ne se gênent pas. Les brosses de ponte sont réutilisables d’une saison à l’autre après rinçage.
Collecter les œufs
La collecte, sairan (採卵), consiste à retirer les œufs du bac des parents pour les incuber à part. Sans cela, les adultes mangent la plupart des œufs et presque tous les alevins. On inspecte le support chaque jour ou tous les deux jours, de préférence en fin de matinée, quand les femelles ont déposé leur ponte du jour.
Chaque ponte compte 10 à 30 œufs, et une femelle en bonne santé peut donner plusieurs centaines d’œufs sur une saison (tokyoaquagarden.com). Les œufs sont accrochés en grappe par des filaments. On les détache avec les doigts en les roulant doucement, ce qui sépare aussi les filaments. Un œuf fécondé est transparent à jaune pâle, ferme sous une légère pression. Un œuf non fécondé est blanc, opaque, et s’écrase sous le doigt (t-aquagarden.com). On garde les premiers et on jette les seconds tout de suite.
Les œufs vont dans un petit récipient d’eau, sans substrat, sans poisson. Un bol, une boîte transparente ou un panier d’élevage flottant posé dans le bac principal conviennent. Le panier a l’avantage de garder les œufs à la température du bac. On espace les œufs plutôt que de les laisser en tas, pour que l’oxygène circule autour de chacun.
Incuber : la règle des 250 degrés-jours
La durée d’incubation dépend de la température, et la règle est simple : il faut cumuler environ 250 degrés-jours. On multiplie la température moyenne de l’eau par le nombre de jours. À 25 °C, on atteint 250 en 10 jours. À 22 °C, il faut 11 à 12 jours. À 20 °C, 13 jours. En dessous de 20 °C, l’incubation traîne et les moisissures gagnent du terrain : on évite les longues périodes fraîches.
| Température de l’eau | Durée d’incubation |
|---|---|
| 20 °C | environ 13 jours |
| 22 °C | 11 à 12 jours |
| 25 °C | environ 10 jours |
Ces valeurs sont des repères, pas des dates fixes. Un bac extérieur passe par des nuits fraîches et des après-midi chauds, et c’est bien la moyenne qui compte. Un point de vigilance : au-delà de 28 °C, le gène Daruma présent chez tous les medakas peut s’exprimer et donner des corps raccourcis. Pour une souche de type normal, on incube entre 20 et 26 °C.
Vers le 8e à 12e jour, deux points noirs apparaissent dans l’œuf : ce sont les yeux. À ce stade, l’embryon est bien formé et on distingue parfois déjà ses mouvements. C’est le signal pour la suite du traitement.
Moisissures, bleu de méthylène et œufs blancs
La moisissure est le premier ennemi de l’incubation. Elle part presque toujours d’un œuf non fécondé ou d’un embryon mort, puis gagne les œufs voisins par contact. Un œuf sain, seul et dans une eau propre, moisit rarement. Toute la méthode consiste donc à isoler les œufs viables et à retirer les autres.
Trois gestes suffisent. D’abord, un changement d’eau quotidien du récipient d’incubation. On peut utiliser de l’eau du robinet non reposée : le chlore de l’eau française est faible et il limite les moisissures sans gêner l’œuf, dont l’enveloppe le protège (t-aquagarden.com). Ensuite, le bleu de méthylène à faible dose, 1 à 2 gouttes par litre, jusqu’à obtenir une eau bleu pâle (t-aquagarden.com). Le produit freine les champignons et colore en bleu les œufs morts, qui deviennent faciles à repérer. On redose après chaque changement d’eau. Enfin, le retrait quotidien des œufs blancs ou bleus, à la pipette ou à la pince, avant qu’ils ne contaminent le reste.
Le bleu de méthylène se trouve en animalerie et en pharmacie. À la dose indiquée, il ne présente pas de danger pour les œufs. Il tache tout ce qu’il touche, y compris les doigts et les joints de silicone.
Quand arrêter le traitement et l’éclosion
Dès que les yeux sont visibles, on passe les œufs dans une eau sans bleu de méthylène. L’embryon est alors assez avancé pour que la moisissure ne soit plus la menace principale, et l’alevin doit éclore dans une eau qui ne contient aucun produit. On utilise pour ces derniers jours de l’eau reposée ou conditionnée, comme celle du bac d’élevage. Si les œufs sont dans un panier flottant, il suffit d’arrêter de doser.
L’éclosion a lieu le plus souvent le matin, et rarement en une seule fois. Les œufs d’une même ponte peuvent s’ouvrir sur deux ou trois jours. Le nouveau-né, appelé harigo (針子), mesure quelques millimètres et vit deux à trois jours sur sa réserve vitelline. Il doit manger dès le troisième jour : la suite est dans élever les alevins de medaka.
Combien d’alevins espérer
Avec ce suivi quotidien, le taux d’éclosion se situe entre 70 et 90 %. Sans collecte ni traitement, dans le bac des parents, il tombe à 30-50 % et la plupart des éclos sont mangés. Une famille de six ou sept géniteurs produit ainsi bien plus d’alevins qu’un bac ordinaire ne peut en accueillir. Il faut prévoir la place, ou limiter volontairement la collecte à ce que l’on peut élever. Une centaine d’alevins demandent déjà un bac de 30 à 40 litres pour grandir sans se gêner.
Enfin, les femelles se fatiguent. Après quelques semaines de ponte quotidienne, on peut les mettre au repos en réduisant l’éclairage ou en les séparant des mâles, avec une alimentation soutenue. C’est ce qui permet de garder des géniteurs en bonne santé sur deux ou trois saisons.
Les chiffres à retenir
| Température de ponte | à partir de 18-20 °C, régulière de 20 à 25 °C |
|---|---|
| Durée du jour | 13 à 14 heures pour pondre ; 8 à 10 heures pour le repos |
| Ratio mâles/femelles | plus de femelles que de mâles |
| Œufs par ponte | 10 à 30, plusieurs centaines par saison |
| Incubation | 250 degrés-jours : 13 j à 20 °C, 11-12 j à 22 °C, 10 j à 25 °C |
| Bleu de méthylène | 1 à 2 gouttes par litre, eau bleu pâle, jusqu’à l’apparition des yeux |
| Apparition des yeux | 8e à 12e jour selon la température |
| Taux d’éclosion | 70-90 % avec suivi, 30-50 % sans |
| Réserve vitelline | 2 à 3 jours, premier repas au 3e jour |
Questions fréquentes
Mes medakas ne pondent pas, pourquoi ?
Vérifiez d’abord la température de l’eau, qui doit dépasser 18-20 °C, puis la durée du jour, 13 heures au moins. Vérifiez ensuite qu’il y a bien des mâles et des femelles, et que les poissons sont adultes et bien nourris. Une femelle sous-alimentée ne produit pas d’œufs.
Peut-on laisser les œufs dans le bac des parents ?
Oui, mais on obtient peu d’alevins : 30 à 50 % d’éclosion et la plupart des nouveau-nés sont mangés. Dans un biotope très planté, quelques alevins survivent chaque année. Pour un élevage suivi, on collecte.
Faut-il un chauffage pour incuber ?
Non, si l’eau est au-dessus de 20 °C. Un bac extérieur en juin ou juillet suffit en France. En dessous de 20 °C, l’incubation s’allonge et les moisissures gagnent : un petit chauffage réglé à 24-25 °C est alors utile.
Les œufs deviennent tous blancs, que faire ?
Soit ils n’étaient pas fécondés, souvent par manque de mâle ou de mâle en forme, soit la moisissure s’est propagée à partir d’un ou deux œufs morts. Dans le second cas, retirez les œufs atteints chaque jour, changez l’eau tous les jours et dosez le bleu de méthylène.
Combien de temps une femelle pond-elle ?
Tant que les conditions restent réunies, presque tous les jours pendant plusieurs mois. Une femelle âgée de deux ou trois ans pond moins. Des périodes de repos prolongent sa vie de géniteur.
Sources
- Tokyo Aqua Garden, « Medaka eggs », https://tokyoaquagarden.com/medaka-eggs
- Tokyo Aqua Garden, « メダカの卵のカビ対策 », https://t-aquagarden.com/column/medaka_eggs_mold
- Tokyo Aqua Garden, « 産卵後の魚のケア », https://t-aquagarden.com/column/care_spawning_fish
- 改良メダカWEB図鑑, FAQ, https://medakazukan.net/faq/
- Kamihata, guide d’élevage du medaka (température, lumière, densité)
- Guide d’élevage À Flore d’Eau, afloredeau.com