Un alevin de medaka vit deux à trois jours sur sa réserve vitelline, puis il doit manger : la faim est la première cause de mortalité. On le nourrit dès le troisième jour, quatre à cinq fois par jour, avec une poudre fine, des infusoires ou de l’eau verte, sans changer l’eau ni filtrer pendant les premières semaines. Une perte de 20 à 30 % est normale, et on réunit les jeunes aux adultes vers 1 à 2 cm selon la méthode.
Le stade harigo, l’alevin aiguille
À l’éclosion, l’alevin mesure quelques millimètres. Les Japonais l’appellent harigo (針子), l’alevin aiguille, parce qu’on ne voit de lui qu’un trait fin et deux yeux. Il reste à ce stade environ deux semaines. C’est la période la plus fragile de la vie d’un medaka : le poisson n’a pas de réserve, il ne supporte ni courant ni variation brutale d’eau, et il ne sait attraper que des proies minuscules.
Le récipient d’élevage n’a pas besoin d’être grand au départ. Un bac de 10 à 20 litres, un panier flottant dans le bac principal, ou une bassine à l’ombre conviennent pour une ponte. L’important est la stabilité : même température qu’à l’incubation, pas de filtre aspirant, pas de poisson adulte. Un panier d’élevage flottant posé dans le bac des parents garde les alevins à la bonne température et protégés, sans matériel supplémentaire. Le déroulé complet de la ponte à l’éclosion est dans reproduction des medakas : ponte, œufs et incubation.
Nourrir dès le troisième jour
Le sac vitellin nourrit l’alevin pendant deux à trois jours. Passé ce délai, il faut manger, et un alevin qui ne trouve rien meurt en quelques jours. C’est de loin la première cause de perte chez les débutants, bien avant la qualité de l’eau. On commence donc au troisième jour, et même dès le lendemain de l’éclosion pour les premiers éclos d’une ponte étalée.
La fréquence est le second point. Un harigo mange peu à la fois et n’a pas d’estomac pour stocker : il lui faut quatre à cinq petits repas par jour. Deux repas par jour sont le strict minimum, et la croissance s’en ressent (medakazukan.net). Pour qui travaille en journée, la solution est de combiner : un ou deux repas en poudre matin et soir, et une eau verte ou des infusoires qui restent disponibles en continu entre deux.
Les trois aliments des premières semaines
Le premier est la poudre pour alevins. Elle est broyée assez fin pour que la bouche d’un harigo puisse l’avaler, et elle flotte quelques instants avant de couler. On en dépose une pincée minuscule à la surface, ce qui est mangé en deux à trois minutes, pas plus. Un excédent tombe au fond et pourrit. Hikari Medaka Baby est une poudre conçue pour ce stade. On peut aussi écraser très finement un aliment adulte entre deux doigts, mais la granulométrie est moins régulière.
Le deuxième est l’eau verte, le grīn wōtā (グリーンウォーター) des éleveurs japonais. C’est de l’eau chargée de phytoplancton en suspension, celle qui verdit toute seule dans un bac au soleil. Les alevins y trouvent un aliment permanent, et les micro-organismes qui s’y développent en sont un autre. Une eau verte trop dense se dilue avec de l’eau claire. On la produit en laissant un seau d’eau de bac au soleil pendant une à deux semaines, ou on en prélève dans un bac extérieur déjà vert.
Le troisième est l’infusoire, ces protozoaires et rotifères qui pullulent dans une eau où se décompose un peu de matière végétale. Une feuille de salade ou un morceau de peau de banane dans un bocal d’eau de bac au chaud en produit en quelques jours. On verse ensuite de cette eau trouble dans le bac des alevins. C’est l’aliment vivant le plus petit, celui qui convient aux plus jeunes harigo.
Les daphnies, un peu plus tard
Les daphnies sont de petits crustacés d’environ 2 mm. Elles sont trop grosses pour un harigo, mais elles deviennent un aliment excellent dès que les jeunes approchent un mois (t-aquagarden.com). Les avantages sont nets : les daphnies restent vivantes dans le bac sans salir l’eau tant qu’elles ne sont pas mangées, et leur mouvement déclenche la chasse.
On les élève dans un seau ou une bassine à l’ombre légère, dans de l’eau reposée, à une température idéale de 25 °C. Elles se nourrissent d’eau verte ou d’une pincée de levure sèche de boulanger tous les deux ou trois jours. Un léger brassage quotidien ou une aération faible évite la stagnation. Une culture de daphnies s’effondre parfois sans raison apparente, il vaut mieux en tenir deux. Les nauplies d’artémia sont une alternative, plus petites au moment de l’éclosion, mais elles vivent peu de temps en eau douce et demandent une éclosion quotidienne.
Ne pas changer l’eau, pas de filtre aspirant
Pendant le stade harigo, soit les deux premières semaines, on ne change pas l’eau. Le renouvellement stresse les alevins, modifie la température et retire les micro-organismes dont ils se nourrissent. Une mortalité soudaine après un changement d’eau est classique. On se contente d’ajouter de l’eau pour compenser l’évaporation, à la même température, et de siphonner avec un tube fin les restes de nourriture qui s’accumulent au fond. Un peu de vase verte au fond ne pose pas de problème, c’est un garde-manger.
Un filtre est inutile à ce stade, et un filtre aspirant est dangereux : les harigo se font aspirer contre la crépine ou dans la pompe. Si on tient à une aération, un bulleur réglé au filet d’air, sans courant, suffit. Une plante flottante ou une touffe de mousse de Java aide à stabiliser l’eau et fournit des cachettes. Le principe général est le même que dans un bac extérieur sans filtre.
Quand les alevins dépassent 1 cm, on peut commencer des changements partiels, un quart du volume au plus, avec de l’eau reposée à la même température. Sans chloramine dans l’eau française, un repos de 24 heures suffit dehors, deux à trois jours dedans.
Trier par taille
Dans une même ponte, certains alevins grandissent deux fois plus vite que d’autres. Les plus gros mangent d’abord et finissent par harceler, voire manger, les plus petits. C’est pourquoi les éleveurs pratiquent le tri, senbetsu (選別), dès que l’écart devient visible, souvent vers trois à quatre semaines. On sépare les rapides des lents en deux bacs. Les petits, débarrassés de la concurrence, rattrapent souvent une partie de leur retard.
Ce premier tri n’est pas encore une sélection sur la qualité. Elle vient plus tard, quand les couleurs et la forme du corps sont lisibles, à 2 ou 3 cm. Ce que l’on regarde alors est décrit dans sexer les medakas et choisir ses géniteurs.
Une mortalité normale
Même bien menée, une ponte perd du monde. Une mortalité de 20 à 30 % sur les premières semaines est considérée comme normale par le WEB図鑑 japonais, et un taux de survie de 70 à 80 % est jugé bon (medakazukan.net). Une partie des alevins sont faibles dès l’éclosion et ne se nourrissent pas. Au-delà de 30 % de pertes, on cherche une cause : faim, changement d’eau, eau trop froide, aspiration par un filtre, ou une hydre installée dans le bac. Ce petit polype fixé sur les parois et les plantes capture les harigo avec ses tentacules. Le sujet est traité dans les prédateurs des medakas en France.
Quand réunir les jeunes aux adultes
Un adulte de 3 à 4 cm mange tout ce qui tient dans sa bouche. Deux repères existent. Si les jeunes ont été nourris à part et sont vigoureux, on peut les mettre avec les adultes dès 1 cm, en présence de cachettes (medakazukan.net). Par prudence, beaucoup d’éleveurs attendent 2 cm, taille à laquelle le jeune n’est plus une proie possible (tokyoaquagarden.com). L’idéal, quand la place le permet, est d’attendre la taille adulte, ce qui évite aussi la concurrence à la nourriture.
Chez nous, les jeunes rejoignent les adultes plutôt vers 2 cm. Dans tous les cas, on réunit par un après-midi doux, dans un bac assez planté, et on surveille le premier jour.
Alevins de fin de saison et hiver
Une ponte d’août ou de septembre pose un problème en France : les jeunes n’auront pas la taille pour passer l’hiver dehors. Les alevins de l’année trop petits ne survivent pas à l’hivernage en extérieur, et leur croissance s’arrête sous 15 °C. Il y a deux solutions. La première est de rentrer les petits en aquarium, chauffé à 20 °C au moins et éclairé 13 à 14 heures, pour qu’ils continuent de grandir et de manger. Le fonctionnement est décrit dans élever des medakas en intérieur. La seconde est de ne plus collecter les œufs à partir de la mi-août, et de laisser les adultes préparer l’hiver.
Les jeunes nés en mai ou juin atteignent 2 cm ou plus avant l’automne. Ils peuvent hiverner dehors avec les adultes, dans un bac de 30 litres au minimum avec une zone profonde, sans nourrissage sous 10 °C. En Bretagne, cela passe. Dans le Nord ou en montagne, on garde un bac de secours à l’intérieur. Les consignes sont dans l’hivernage des medakas en France.
Les chiffres à retenir
| Réserve vitelline | 2 à 3 jours |
|---|---|
| Premier repas | 3e jour |
| Repas par jour | 4 à 5, minimum 2 |
| Stade harigo | environ 2 semaines, sans changement d’eau |
| Daphnies | vers 1 mois, crustacés d’environ 2 mm |
| Mortalité normale | 20 à 30 % |
| Réunion aux adultes | dès 1 cm si nourris à part, 2 cm par prudence |
| Hiver dehors | seulement pour les jeunes assez grands, bac de 30 L avec zone profonde |
Questions fréquentes
Mes alevins meurent un par un la première semaine, pourquoi ?
Dans la plupart des cas, ils ne mangent pas assez. Vérifiez que la nourriture est assez fine, qu’elle est donnée quatre à cinq fois par jour, et ajoutez de l’eau verte ou des infusoires pour qu’il y ait toujours quelque chose à manger.
Peut-on nourrir les alevins avec des paillettes écrasées ?
Oui, à condition de les réduire en poudre très fine entre les doigts ou dans un mortier. Une poudre du commerce a une granulométrie plus régulière et se dose plus facilement.
L’eau du bac des alevins devient verte, est-ce grave ?
Non, c’est même souhaitable. L’eau verte nourrit les alevins. Si elle devient si dense qu’on ne voit plus les poissons, on la dilue avec de l’eau claire reposée.
À partir de quand voit-on la couleur des alevins ?
Cela dépend des variétés. Les alevins de Miyuki naissent sombres et la lumière externe monte avec l’âge. Pour la plupart des variétés, la couleur devient lisible vers 2 cm.
Combien d’alevins dans un bac de 20 litres ?
Quelques dizaines au départ, puis on divise à mesure qu’ils grandissent. Vers 2 cm, on revient vers la règle d’un litre par poisson.
Sources
- 改良メダカWEB図鑑, FAQ, https://medakazukan.net/faq/
- Tokyo Aqua Garden, « Medaka eggs », https://tokyoaquagarden.com/medaka-eggs
- Tokyo Aqua Garden, « ミジンコの繁殖 », https://t-aquagarden.com/column/daphniapulex_breeding
- Kamihata, guide d’élevage du medaka
- Guide d’élevage À Flore d’Eau, afloredeau.com