Le premier prédateur d’un bac de medakas en France n’est ni le héron ni le chat, c’est la larve de libellule, qui vit dans l’eau et mange plusieurs poissons par jour. Un filet à maille fine surélevé de 5 cm au-dessus de la surface empêche les libellules de pondre et arrête aussi les oiseaux, les chats, les grenouilles et les couleuvres. Pour les alevins, le danger vient de l’intérieur du bac, avec l’hydre. Les moustiques, eux, ne sont pas un problème : les medakas mangent leurs larves.
La larve de libellule, premier prédateur
Les Japonais l’appellent yago (ヤゴ) et la placent en tête des ennemis du medaka, avant tous les animaux à poils et à plumes. La raison est simple : les autres prédateurs attaquent de l’extérieur, la larve de libellule vit dans le bac, cachée dans les plantes ou la vase, et chasse jour et nuit. Elle mesure de 2 à 6 cm selon son stade, et une seule larve peut consommer plus de trois medakas par jour (t-aquagarden.com). En France, les grandes espèces, comme les aeschnes et les anax, donnent les larves les plus dangereuses. Elles capturent des poissons adultes.
Comment arrivent-elles ? La libellule femelle pond dans l’eau ou sur les plantes émergées, du printemps à l’automne. Un bac extérieur bien planté est pour elle une mare idéale. Certaines espèces pondent en vol en trempant l’abdomen, d’autres se posent sur une tige. Une libellule qui se pose sur un filet tendu à ras de l’eau pond à travers les mailles : c’est pour cela que le filet doit être surélevé, nous y revenons.
Pour repérer une larve installée, on cherche les exuvies, ces peaux vides accrochées aux tiges après une mue, et on inspecte les plantes en les secouant dans une bassine. On retire les larves à la main, à l’épuisette ou à la pince, une fois par semaine en saison (t-aquagarden.com). Une taille régulière des plantes, qui réduit les cachettes, aide aussi. Une larve retirée peut être relâchée dans une mare voisine, où elle a sa place.
Le filet surélevé, la protection de base
Un filet fin posé sur le bac est la mesure qui règle le plus de problèmes à la fois, à condition de respecter deux règles. La maille doit être fine, de l’ordre de 1 mm, comme un voile anti-insectes de jardin, pour que les libellules ne passent pas l’abdomen au travers. Et le filet doit être tenu à 5 cm au moins au-dessus de la surface, car une libellule posée sur un filet au contact de l’eau pond à travers (t-aquagarden.com). On le tend sur un cadre, sur des arceaux, ou sur un bord de bac qui dépasse.
Ce même filet arrête la plupart des autres visiteurs : les oiseaux, qui ne se posent pas dessus, les chats, qui ne peuvent pas pêcher au travers, les grenouilles et les couleuvres, qui ne trouvent pas d’entrée. Un filet spécifique comme le Cover Net est conçu pour ce rôle sur un bac de medakas, mais un voile anti-insectes de jardinerie tendu sur un cadre de bois remplit la même fonction. Il faut simplement le lester ou le fixer, parce qu’un chat soulève un filet posé.
Le filet ne remplace pas la surveillance. Une larve déjà présente, un œuf de libellule pondu avant la pose, ou un filet mal fermé sur un côté suffisent. On continue les inspections hebdomadaires.
Hérons et martins-pêcheurs
Le héron cendré est le grand pêcheur des bassins français. Il visite les jardins tôt le matin, se pose au bord de l’eau et vide un bac de medakas en quelques passages. Il n’a pas besoin d’une grande surface : une vasque de 60 cm lui suffit. Le martin-pêcheur est plus discret et pêche en plongeant depuis un perchoir. Il prend les medakas de surface, un à la fois, mais il revient. Les corneilles et les pies, enfin, pêchent aussi dans les bacs peu profonds.
Contre les oiseaux, la hauteur d’eau et les cachettes comptent. Un héron pêche debout dans 20 à 30 cm d’eau, et il se tient sur un bord plat. Un bac aux bords hauts et lisses, avec une zone profonde, est moins accessible. Les plantes flottantes donnent aux poissons un abri sous lequel plonger. Le filet reste la seule protection complète. Les effaroucheurs, silhouettes de héron ou fils tendus, marchent quelques jours, puis l’oiseau s’y habitue.
Chats
Un chat de jardin s’assied au bord d’un bac et attend. Il attrape les medakas qui viennent en surface, surtout à l’heure du repas, quand les poissons sont tous en haut. Il ne mange pas toujours sa prise, mais il la tue. Un couvercle grillagé fixé, ou un filet tendu et lesté, l’arrête. Une hauteur de bord qui l’oblige à se pencher aide aussi. Nourrir les poissons quand le chat n’est pas là, et loin du bord accessible, réduit les occasions.
Grenouilles, tritons et couleuvres
Les grenouilles et les tritons trouvent dans un bac planté un milieu d’accueil, et ils y mangent ce qu’ils peuvent attraper. Une grenouille verte adulte prend des medakas de surface, un triton s’attaque aux alevins et aux œufs. Ces animaux sont protégés en France, on ne les détruit pas : on les déplace vers une mare ou un point d’eau sans poissons, et on ferme le bac. Le filet surélevé les empêche d’entrer. Un bac aux parois lisses et hautes gêne aussi leur accès.
La couleuvre à collier est un serpent inoffensif pour l’homme, mais c’est un pêcheur. Elle nage bien, entre dans les bassins et avale des poissons de la taille d’un medaka sans difficulté. Elle est protégée elle aussi. On la voit surtout dans les jardins proches d’une rivière, d’un étang ou d’une zone humide. Un bac fermé par un filet ou un grillage est hors de sa portée.
Les ennemis des alevins : hydres et insectes aquatiques
L’hydre est un petit polype d’eau douce de quelques millimètres, fixé sur les parois, les plantes ou les brosses de ponte. Ses tentacules paralysent et capturent les harigo (針子), les alevins des premiers jours. Elle arrive avec des plantes, des daphnies sauvages ou de l’eau d’une mare. Dans un bac d’alevins, on l’élimine en nettoyant les parois et en rinçant les plantes ; les adultes, eux, ne risquent rien. Certains éleveurs traitent au sel ou changent de bac, ce qui est plus simple.
D’autres insectes aquatiques chassent dans les bacs. La larve de dytique, un coléoptère plongeur, est un carnassier qui s’attaque aux alevins et aux petits poissons. Les notonectes, ces punaises d’eau qui nagent sur le dos, piquent les alevins. Toutes arrivent en volant, comme les libellules, et le même filet fin les arrête. L’hydre, elle, passe par les apports d’eau et de plantes : on rince tout ce qui entre dans un bac d’alevins.
Les moustiques, un argument en faveur des medakas
Un bac d’eau dormante attire les moustiques, qui y pondent. C’est l’objection classique des voisins et des mairies. La réponse est que les medakas mangent les larves de moustiques. C’est même l’une des raisons pour lesquelles ce poisson est élevé dans les rizières et les mares de son pays d’origine, et il a été introduit dans plusieurs pays pour cela. Un bac peuplé de medakas produit moins de moustiques qu’un seau d’eau de pluie oublié. Les larves qui apparaissent sont mangées à mesure. Un filet à maille de 1 mm posé pour les libellules arrête d’ailleurs aussi les moustiques adultes, dans les deux sens.
Le seul cas où un bac de medakas produit des moustiques est celui d’un bac trop peu peuplé ou trop encombré de plantes pour que les poissons atteignent toute la surface. Un bac d’incubation d’œufs sans poisson, laissé dehors, en produit aussi. On le couvre.
Ce que l’on peut faire dès l’installation
La prévention commence au choix du bac et de son emplacement. Un bac aux bords hauts et lisses gêne les grenouilles, les chats et le héron. Une zone profonde donne un refuge. Des plantes flottantes couvrent une partie de la surface. Un emplacement près de la maison, sous une fenêtre, est moins visité qu’un coin de jardin isolé. Un bac neuf, rempli d’eau du robinet reposée et de plantes rincées, part sans hydre ni larve. Tout cela est détaillé dans élever des medakas en extérieur.
Ensuite, le filet surélevé dès la mise en eau, et une inspection par semaine d’avril à octobre. Chez nous à Lesneven, les bacs extérieurs de vente sont couverts pendant toute la saison. En hiver, quand les poissons sont au fond et les libellules absentes, on peut remplacer le filet par la plaque de couverture aérée décrite dans l’hivernage des medakas en France.
Les chiffres à retenir
| Premier prédateur | la larve de libellule, 2 à 6 cm, plus de 3 medakas par jour |
|---|---|
| Maille du filet | environ 1 mm |
| Hauteur du filet | 5 cm au moins au-dessus de l’eau |
| Inspection | une fois par semaine en saison |
| Saison des libellules | du printemps à l’automne |
| Prédateurs d’alevins | hydre, larves d’insectes aquatiques, les medakas adultes eux-mêmes |
| Espèces protégées | grenouilles, tritons, couleuvres, hérons, martins-pêcheurs : on déplace ou on ferme, on ne détruit pas |
Questions fréquentes
Mes medakas disparaissent un par un sans trace, qui est le coupable ?
Sans trace ni poisson mort, pensez d’abord à une larve de libellule dans le bac, puis au martin-pêcheur ou au chat. Secouez les plantes dans une bassine et cherchez les exuvies sur les tiges.
Un filet tendu sur le bac suffit-il contre les libellules ?
Seulement s’il est surélevé de 5 cm et à maille fine. Une libellule posée sur un filet au contact de l’eau pond à travers.
Faut-il retirer les grenouilles du bac ?
Oui, elles mangent les medakas de surface. Elles sont protégées : on les déplace vers une mare sans poissons et on ferme le bac.
Un bac de medakas attire-t-il les moustiques ?
Il en attire, mais les medakas mangent les larves. Un bac bien peuplé en produit moins qu’un récipient d’eau sans poisson.
Les adultes mangent-ils leurs alevins ?
Oui, tout ce qui tient dans leur bouche. C’est pour cela qu’on collecte les œufs et qu’on élève les alevins à part, voir élever les alevins de medaka.
Sources
- Tokyo Aqua Garden, « メダカの天敵 », https://t-aquagarden.com/column/medaka_enemy
- Tokyo Aqua Garden, « ヤゴ対策 », https://t-aquagarden.com/column/dragonfly_measures
- 改良メダカWEB図鑑, FAQ, https://medakazukan.net/faq/
- Guide d’élevage À Flore d’Eau, afloredeau.com