Hivernage des medakas en France : dehors ou dedans ?

Un medaka adulte en bonne santé passe l’hiver dehors en France, à condition d’avoir assez d’eau sous lui, un bac qui ne gèle pas jusqu’au fond et un éleveur qui le laisse tranquille. On arrête de nourrir sous 10 °C, on ne change plus l’eau, on garde le niveau haut. Les alevins de l’année trop petits et les variétés fragiles rentrent à l’abri.

Dehors ou dedans : la décision se prend en octobre

L’hivernage (越冬, ettō) n’est pas un problème pour Oryzias latipes. Dans la nature, le poisson de riz japonais passe l’hiver au fond des rizières et des fossés, dans une eau proche de 0 °C. Ce qui le tue, ce n’est pas le froid en lui-même. C’est un bac trop petit qui gèle en entier, une eau qui change brutalement de température, ou un éleveur qui continue de nourrir un poisson dont la digestion est arrêtée.

La question à se poser en octobre est donc simple. Le bac a-t-il au moins 30 L et une zone profonde ? Les poissons sont-ils adultes, ou au moins de belle taille ? S’agit-il d’une variété de type normal, robuste ? Si la réponse est oui aux trois questions, ils restent dehors. Chez nous à Lesneven, c’est la règle pour les bacs de reproduction. Sinon, on rentre les poissons dans un bac non chauffé, dans un garage ou une pièce fraîche, avant les premières gelées.

Rentrer un medaka dans une pièce chauffée à 20 °C n’est pas un hivernage. C’est une saison d’élevage de plus, avec nourrissage, changements d’eau et parfois ponte. Ce n’est pas un problème en soi, mais il faut alors suivre le guide de l’élevage en intérieur et non celui-ci.

Ce qui se passe dans le poisson quand l’eau refroidit

Le medaka est un poisson à sang froid. Son métabolisme suit la température de l’eau, pas celle de l’air. Les seuils documentés par les éleveurs japonais sont les suivants (source TAG, voir Sources).

  • Sous 15 °C, l’activité diminue. Le poisson mange moins et nage moins.
  • Sous 10 °C, il entre au repos. Il se tient au fond, bouge peu, ne mange presque plus.
  • Entre 5 et 10 °C, c’est l’hibernation à proprement parler. Le poisson reste immobile près du fond, souvent groupé avec les autres, dans les plantes ou sous une feuille.
  • Vers 0 °C, il est totalement immobile. Il survit tant que l’eau autour de lui reste liquide.

Un medaka qui remonte à la surface en plein hiver ou qui nage de façon désordonnée n’est pas « en forme ». Il est soit dérangé par un changement brutal, soit malade. Un poisson en hivernage réussi ne se voit presque pas.

Arrêter le nourrissage : le seuil des 10 °C

C’est le geste le plus important et le plus difficile pour un débutant. Sous 10 °C, le medaka ne digère plus correctement. Un aliment avalé stagne dans l’intestin et peut provoquer une occlusion, mortelle. Un aliment non avalé se décompose dans une eau que les bactéries, ralenties par le froid, n’épurent plus.

La règle appliquée chez nous est celle du guide afloredeau.com : arrêt complet du nourrissage sous 10 °C. On ne se fie pas à la date, mais à un thermomètre placé dans l’eau, relevé le matin. Entre 15 et 10 °C, on réduit déjà : un repas par jour, puis un jour sur deux, en petite quantité, et on retire ce qui n’est pas mangé en deux ou trois minutes. Les poissons doivent arriver à l’hiver avec des réserves, ce qui se joue en septembre et octobre, pas en décembre.

Une remontée passagère à 12 ou 13 °C en janvier, fréquente en Bretagne, ne justifie pas de nourrir. La nuit suivante ramènera l’eau sous 10 °C et la digestion s’arrêtera avec la nourriture dedans.

Préparer le bac : volume, niveau, matériau, couverture

Quatre points, tous tirés de l’expérience japonaise et de la nôtre.

Le volume. Plus il y a d’eau, plus la température varie lentement et moins le gel descend. Gabriel fixe le minimum à 30 L avec une zone profonde pour un hivernage dehors en Bretagne. Dans le Nord et l’Est, où le gel dure, il faut viser plus haut.

Le niveau. On remplit le bac au maximum avant l’hiver et on complète les pertes par évaporation tout l’hiver. Un bac à moitié vide gèle plus vite et plus profond. On complète avec de l’eau déchlorée, laissée reposer 24 h dehors dans un seau pour qu’elle soit à la même température que le bac. Compléter n’est pas changer : on n’enlève rien.

Le matériau. Le polystyrène expansé, le plastique épais et la céramique tiennent le froid. Le verre est déconseillé : il isole mal et peut casser au gel. Un bac de polystyrène, peu esthétique mais efficace, reste le meilleur abri d’hiver pour un petit groupe. Les bacs auto-portants en plastique du type Medaka Bowl 600 (36 L) conviennent s’ils sont posés au sol et calés contre un mur au sud, pas exposés au vent.

La couverture. Une plaque posée sur un tiers à la moitié du bac coupe le vent, limite le refroidissement nocturne et protège des feuilles mortes et de la pluie froide. Elle ne doit jamais fermer le bac : l’eau a besoin d’échanger avec l’air. Une plaque de polycarbonate, une planche ou un couvercle de polystyrène posé de biais font l’affaire.

Le gel : ce qui est grave et ce qui ne l’est pas

La surface peut geler. Ce n’est pas grave. Une plaque de glace de quelques millimètres sur un bac de 30 L ou plus isole même l’eau du dessous. On ne la casse pas à coups de marteau, les vibrations dérangent les poissons. On ne verse pas d’eau chaude. On la laisse fondre, ou on pose un objet flottant, une balle ou une bouteille à moitié remplie, avant le gel pour garder un trou d’échange gazeux.

Ce qui est grave, c’est le gel qui descend jusqu’aux poissons. Cela arrive dans un bac trop peu profond, trop petit, ou exposé plusieurs jours à des températures très négatives. C’est le cas typique du Nord et de l’Est, pas de la Bretagne.

Ce qu’il ne faut pas faire

  • Changer l’eau. En hiver, on ne change pas l’eau, on complète le niveau. Un changement réveille les poissons, modifie brutalement la température et détruit un équilibre que le froid rend lent à reconstruire.
  • Nourrir « un peu, pour être sûr ». Voir plus haut.
  • Installer un chauffage d’un coup. Passer de 5 à 20 °C en une journée est un choc. Si on décide de chauffer, on monte par paliers sur plusieurs jours.
  • Déplacer les poissons en plein hiver. Le transfert du bac extérieur vers l’intérieur se fait en octobre, avant que le poisson ne soit au repos.
  • Nettoyer le fond. Les feuilles et la vase abritent les poissons et nourrissent les bactéries. Le grand nettoyage attend le printemps.
  • Laisser le bac ouvert sous un arbre. Les feuilles s’accumulent, pourrissent et consomment l’oxygène.

Les alevins de l’année

Un alevin né en juillet mesure souvent 1,5 à 2 cm en octobre. Un alevin né en septembre est encore un harigo (針子, alevin aiguille) de quelques millimètres. Les éleveurs japonais sont clairs : les jeunes trop petits ne passent pas l’hiver dehors. Ils n’ont pas de réserves et un froid prolongé les tue.

Les alevins de l’année vont donc dans un bac intérieur, chauffé ou non. Un bac non chauffé à 12 ou 15 °C les garde vivants sans les faire grandir. Un bac chauffé entre 20 et 25 °C leur fait gagner l’hiver et donne des adultes prêts à pondre en avril. On nourrit alors normalement, avec les règles du guide des alevins. Les pontes tardives d’août et septembre se gèrent d’ailleurs mieux si on les anticipe : soit on arrête de collecter les œufs à la fin août, soit on prévoit la place dedans.

Région par région

Bretagne et façade atlantique. Climat océanique. Les hivers sont doux et pluvieux, le gel est rare et court. C’est le cas le plus facile. Le vrai risque n’est pas le gel mais le vent et la pluie qui font déborder le bac. Un bac de 30 L calé contre un mur, couvert d’une plaque, suffit. Les remontées douces de janvier ne doivent pas tromper : pas de nourrissage tant que l’eau du matin ne dépasse pas 10 °C durablement.

Nord, Est, Massif central. Climat plus continental. Les périodes de gel peuvent durer une à deux semaines. On augmente le volume, on enterre le bac à demi ou on le double d’une couche de polystyrène, on couvre davantage. Un bac de 30 L posé sur une terrasse exposée au nord peut geler jusqu’au fond. Dans le doute, on rentre les poissons dans un garage hors gel.

Sud et Méditerranée. Hiver doux, gel exceptionnel. L’eau descend rarement sous 5 °C. Les medakas restent dehors sans difficulté. Le piège est inverse : une eau qui remonte à 15 °C en février relance l’appétit et parfois la ponte. On suit le thermomètre et non le calendrier.

Balcons et terrasses en étage. Le vent et l’absence de sol rendent le bac plus sensible au gel qu’un bac posé dans un jardin. On l’adosse au mur du logement, qui rayonne un peu de chaleur, et on le protège du vent.

La reprise au printemps

Elle est progressive, comme l’entrée en hivernage. Quand l’eau dépasse 15 °C le matin plusieurs jours de suite, on redonne une pincée d’aliment, une fois tous les deux jours. À 18 °C, un repas par jour. À 23 °C, alimentation pleine, deux repas par jour si les poissons finissent en deux minutes. C’est aussi le moment de retirer les feuilles mortes, de faire un premier changement d’eau modéré, d’un quart au plus, avec de l’eau déchlorée à la même température, et de retirer la plaque de couverture. Le détail saison par saison est dans le guide au fil des saisons.

Il faut s’attendre à quelques pertes au printemps plutôt qu’en hiver. Un poisson affaibli meurt souvent à la reprise, quand son métabolisme redémarre. Ce n’est pas un signe de mauvais hivernage tant que cela reste marginal.

Les chiffres à retenir

Activité réduite sous 15 °C
Arrêt du nourrissage sous 10 °C, relevé dans l’eau le matin
Hibernation 5 à 10 °C ; immobilité vers 0 °C
Volume minimal dehors (Bretagne) 30 L avec une zone profonde
Changements d’eau aucun ; ajout d’eau seulement, déchlorée et à la même température
Couverture plaque sur un tiers à la moitié du bac, jamais fermé
Gel surface tolérée ; jamais le volume
Reprise du nourrissage progressive à partir de 15 °C, pleine à 23 °C
Alevins de l’année rentrés s’ils sont trop petits

Questions fréquentes

Faut-il un chauffage pour hiverner des medakas ?

Non, pas pour des adultes de variété robuste dans un bac de 30 L ou plus, hors des zones où le gel dure plus d’une semaine. Le chauffage sert aux alevins et aux variétés fragiles, et il crée alors une saison d’élevage en intérieur, pas un hivernage.

Faut-il un aérateur en hiver ?

Non, en général. L’eau froide contient plus d’oxygène et les poissons en consomment très peu. Un bulleur fort brasse l’eau, mélange les couches et empêche le fond de rester un peu plus doux que la surface. Un simple trou d’air dans la glace suffit.

Les Daruma et les Longfin passent-ils l’hiver dehors ?

Le type Daruma est sujet à l’occlusion digestive et se maintient entre 25 et 28 °C. On le rentre. Les Longfin et Hirenaga sont plus robustes, mais leurs longues nageoires les exposent aux blessures et aux mycoses dans une eau froide. Nous conseillons de les rentrer aussi.

Que faire des œufs pondus en octobre ?

Les incuber dedans, à 22 ou 25 °C, et élever les alevins en intérieur tout l’hiver. Ou ne pas les collecter. Dehors, ils n’auront pas le temps d’éclore et de grandir. Voir le guide de la reproduction.

Mon bac fait 16 L, mes medakas peuvent-ils hiverner dehors ?

En Bretagne ou dans le Sud, avec des adultes, un abri du vent et une couverture, c’est possible mais sans marge. Ailleurs, non. Le plus sûr est de rentrer ce bac dans un garage ou une véranda non chauffée.

Sources