Medakas et poissons rouges dans le même bassin : possible ?

Non, pas dans le même volume d’eau. Le poisson rouge et le medaka vivent tous deux en eau froide, se vendent au même rayon et paraissent faits pour s’entendre ; c’est l’erreur la plus fréquente du débutant, et les éleveurs japonais la mettent en tête des cohabitations à éviter. Un poisson rouge poursuit les medakas dès qu’ils sont ensemble, même à taille égale, et les avale dès qu’ils passent dans sa bouche. Ce qui marche, c’est de leur donner chacun leur eau : le bassin aux poissons rouges, une vasque ou un bac aux medakas, à côté.

Pourquoi ça ne marche pas

Le poisson rouge est un prédateur de fait. Il est omnivore et prend volontiers des proies animales. Un medaka adulte mesure 3 à 4 cm ; un poisson rouge de bassin atteint 15 à 25 cm en quelques années, une comète davantage, et sa bouche avale sans effort un poisson de cette taille. Tokyo Aqua Garden résume la règle : toute espèce dont la bouche peut contenir un medaka est à exclure. Les œufs et les alevins, eux, sont mangés dans tous les cas, quelle que soit la taille du poisson rouge.

Il harcèle avant de manger. Le point que soulignent les éleveurs japonais est moins connu : même quand les deux poissons ont la même taille, le poisson rouge, plus vif et plus territorial, poursuit les medakas dès qu’on les réunit. Les medakas se cachent, mangent moins, s’affaiblissent, et meurent de stress ou de maladie avant d’être avalés. Un lot de medakas qui « disparaît » d’un bassin n’a pas forcément été mangé : il a souvent dépéri.

Il vole la nourriture. Le poisson rouge se précipite sur tout ce qui tombe à la surface. Le medaka, plus lent et plus craintif, arrive après et trouve la place prise. Dans un bassin, on ne peut pas nourrir les uns sans les autres.

Il n’a pas les mêmes besoins d’eau. Un poisson rouge salit beaucoup, fouille le fond, déracine les plantes et demande une filtration et un brassage soutenus. Le medaka veut une eau calme, plantée, sans courant, où il peut pondre sur les racines flottantes. Le bassin qui convient à l’un ne convient pas à l’autre.

Et le koï ?

C’est pire. Un koï adulte dépasse 50 cm, fouille le substrat en permanence et avale un medaka comme un flocon de nourriture. Tokyo Aqua Garden ne le cite même pas séparément : il entre dans la catégorie des poissons de taille moyenne et plus, exclus par principe. Un bassin à koï n’est pas un lieu pour des medakas, et la plupart des bassins de jardin français en contiennent quelques-uns.

Les cas où « ça a l’air de marcher »

On lit des témoignages de medakas qui vivent dans un bassin avec des poissons rouges. Trois explications, aucune rassurante. Soit les poissons rouges sont encore petits, et la cohabitation tient une saison. Soit le bassin est très grand et très planté, et quelques medakas survivent en lisière dans les zones peu profondes où le poisson rouge ne va pas, sans jamais se reproduire ; on ne les voit plus, on ne sait pas combien il en reste. Soit on ne compte pas : on a mis vingt medakas, on en voit trois, et on trouve que ça marche. Les plantes offrent des cachettes temporaires aux jeunes, écrit Tokyo Aqua Garden, mais cela ne suffit pas et la cohabitation reste déconseillée.

Ce qui marche vraiment

Medakas Black Dragon dans un aquarium à eux
Un bac à eux : c’est la seule cohabitation qui marche. Black Dragon en aquarium de vente, Lesneven.
  • Une vasque à côté du bassin. Un contenant de 20 litres ou plus, planté, sans filtre, posé au bord du bassin à mi-ombre : c’est l’installation décrite dans élever des medakas en extérieur. Les medakas y vivent, y pondent, y hivernent, et le bassin garde ses poissons rouges. Beaucoup de jardins japonais sont faits ainsi : le bassin pour les koï, les vasques pour les medakas.
  • Un bassin réservé. Un petit bassin de jardin sans autre poisson, avec une zone de 20 à 30 cm d’eau bien plantée, est un excellent bac à medakas. Il ne demande ni pompe ni filtre, et les medakas y tiennent le rôle du poisson rouge contre les moustiques, en mieux : voir medaka et moustiques.
  • Une zone séparée. Dans un grand bassin, on peut isoler une anse peu profonde par un muret ou une bâche dépassant la surface, avec sa propre eau. C’est un bassin dans le bassin, et il faut qu’il soit réellement étanche : une simple grille laisse passer les alevins vers les poissons rouges, et l’inverse ne se produit jamais.

Dans les trois cas, on prévoit un filet fin par-dessus, car un bac à medakas isolé attire les mêmes visiteurs qu’un bassin : voir les prédateurs des medakas en France.

Les bons compagnons d’un medaka

Les compagnons acceptables sont ceux qui sont paisibles, trop petits pour avaler un medaka, et qui veulent la même eau : les crevettes naines, les escargots planorbes et physes, les loches de fond dans un aquarium. Tokyo Aqua Garden cite les petits poissons tropicaux paisibles pour l’aquarium chauffé, ce qui ne concerne pas un bassin. Aucun poisson de bassin courant en France, poisson rouge, comète, shubunkin, koï, ide, carassin, n’entre dans cette liste. Un bassin de medakas est un bassin de medakas.

Les repères à retenir

Poisson rouge, comète, shubunkin non : harcèlement dès la même taille, prédation ensuite, œufs et alevins mangés dans tous les cas
Koï non, à plus forte raison
Bassin très grand et très planté quelques survivants en lisière, sans reproduction ; ce n’est pas un élevage
Solution vasque de 20 L ou plus à côté du bassin, ou petit bassin réservé, ou anse étanche
Compagnons possibles crevettes naines, escargots, loches de fond ; aucun poisson de bassin

Questions fréquentes

Mes poissons rouges font 5 cm, je peux mettre des medakas en attendant ?

Ils poursuivront les medakas dès le premier jour, et ils feront 10 cm avant la fin de l’été. Ce n’est pas une question de taille au départ.

Et si je mets beaucoup de plantes ?

Les plantes cachent les jeunes un temps, mais ne changent ni l’appétit ni le caractère du poisson rouge. Les éleveurs japonais qui ont essayé le disent : ça retarde, ça n’empêche pas.

Peut-on mettre des medakas dans un bassin sans poisson rouge mais avec des grenouilles et des tritons ?

Un triton adulte ou une grosse grenouille mange des alevins et parfois de petits medakas, et surtout leurs larves partagent l’eau avec eux. Un bassin de jardin naturel avec batraciens n’est pas un bac d’élevage, mais des adultes y vivent en général ; ne comptez pas y récolter des alevins.

Mes medakas ont survécu tout l’été avec les poissons rouges, pourquoi ?

Comptez-les. Et regardez si vous avez vu un seul alevin. Un bassin où les adultes survivent sans jamais se reproduire n’est pas un bassin où ils vivent bien.

Sources

  • Tokyo Aqua Garden, メダカと混泳できない生き物5種 : le poisson rouge harcèle le medaka même à taille égale, mange ce qui entre dans sa bouche, les plantes ne suffisent pas, t-aquagarden.com/column/medaka_not_together.
  • Tokyo Aqua Garden, メダカと一緒に飼える魚や生き物は何がいる? : « medaka et poisson rouge ne se gardent pas ensemble », critères d’un bon compagnon, t-aquagarden.com/column/medaka_mix_breeding.
  • Medakaya Base, メダカと金魚の混泳はできる?, medakayabase.com.