Non. On ne relâche pas un medaka dans une mare, un fossé, un étang ou une rivière, ni ses œufs, ni l’eau de son bac. Ce n’est pas une question de sensibilité : le medaka est une espèce étrangère qui survit à nos hivers, la loi française interdit son introduction dans le milieu naturel, et l’histoire de l’espèce au Japon montre ce qui se passe quand on ne respecte pas cette règle. Un medaka en trop se donne, se vend, se garde, mais ne se lâche pas.
Pourquoi la question se pose
Un couple de medakas bien nourri donne plusieurs dizaines d’œufs par semaine de mai à septembre. Au bout d’un été, un bac de 30 litres contient trois fois trop de poissons, et l’idée vient vite : la mare du fond du jardin, le fossé, le petit étang communal. Elle vient d’autant plus vite que le medaka est un poisson de rizière, d’eau calme et peu profonde, et qu’on le sent « à sa place » dehors. Elle vient enfin d’une confusion avec le poisson rouge, que beaucoup ont vu relâcher sans conséquence apparente. Le medaka n’est pas un poisson rouge.
Le medaka survit dehors en France, et c’est le problème
Dans nos guides, nous expliquons que le medaka passe l’hiver dans un bac de 30 litres en Bretagne, et qu’il hiberne entre 5 et 10 °C, immobile près du fond, jusqu’à ce que la surface gèle. Ce qui fait sa robustesse en élevage fait son danger en liberté. L’évaluation de risque du service américain de la faune recense des populations introduites établies au Kazakhstan, au Turkménistan et en Russie, des climats plus rudes que le nôtre. Rien n’interdit de penser qu’une mare française fasse aussi bien.
Une population de medakas installée dans un plan d’eau y mange les larves d’insectes, les petits crustacés et les œufs d’amphibiens, entre en concurrence avec les petits poissons indigènes comme l’épinoche ou le vairon, et sert de proie abondante à des prédateurs qu’elle attire. Personne n’a mesuré ces effets en France, parce que personne n’a le droit de faire l’essai. C’est précisément le sens de la loi.
Ce que dit la loi
L’article L. 411-5 du Code de l’environnement interdit l’introduction dans le milieu naturel d’espèces animales non indigènes et non domestiques, que cette introduction soit volontaire, par négligence ou par imprudence, dès lors qu’elle risque de porter préjudice aux milieux ou aux espèces sauvages. Le medaka, originaire du Japon, est non indigène partout en France. Les peines prévues à l’article L. 415-3 pour ce type d’infraction vont jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende. Dans les faits, un particulier qui vide un bac dans une mare ne se retrouve pas devant un tribunal ; mais un éleveur qui le fait sciemment, ou à répétition, s’y expose, et c’est surtout le milieu qui paie.
La négligence compte aussi. Vider l’eau d’un bac de reproduction dans le caniveau ou le ruisseau, avec les œufs accrochés aux plantes, c’est une introduction par imprudence. L’eau d’un bac se verse au jardin, sur la terre, jamais dans un cours d’eau.
Ce qui est arrivé au Japon
Au Japon, le medaka sauvage, le Minami-medaka, est inscrit sur la liste rouge nationale des espèces menacées depuis les années 1990, victime de la disparition des rizières traditionnelles et des fossés bétonnés. Dans le même temps, des Himedaka d’élevage, les medakas jaunes vendus par millions, ont été relâchés un peu partout, souvent par de bonnes intentions. Résultat : des populations sauvages hybridées, dont le patrimoine génétique local est dilué, et des rivières où l’on trouve des medakas orange qui n’ont rien à y faire. Les éleveurs japonais sont aujourd’hui les premiers à répéter la règle, et la charte des concours l’inclut : un medaka d’élevage ne retourne pas dans la nature. Le cas des medakas transgéniques relâchés, décrit dans notre article sur les medakas OGM, en est la version extrême.
Que faire de ses medakas en trop
- Anticiper. Le meilleur moyen de ne pas avoir trop de poissons est de ne pas incuber tous les œufs. On ramasse ce qu’on peut élever, et le reste reste dans le bac des adultes, qui le mangent. C’est le fonctionnement normal d’un bac.
- Donner ou échanger. Entre éleveurs, en main propre, ou par les œufs. Notre forum a une rubrique d’échanges faite pour cela.
- Proposer à une boutique ou à un club. Un lot de jeunes bien élevés d’une variété identifiée intéresse un magasin ou une association aquariophile, parfois contre un avoir.
- Garder un bac d’attente. Un bac de 30 litres de plus coûte moins qu’un problème dans une mare.
- Ne pas confondre bassin de jardin et nature. Un bassin fermé, sans trop-plein vers un fossé ni communication avec un cours d’eau, est un bac comme un autre. Un bassin qui déborde vers le ruisseau en cas d’orage n’en est pas un ; on y met une grille fine sur le trop-plein, ou pas de medakas.
Et un medaka trouvé dans la nature ?
Si vous trouvez des medakas dans une mare ou un fossé en France, c’est que quelqu’un les y a mis. Ne les relâchez pas ailleurs, ne les déplacez pas. Prévenez l’Office français de la biodiversité, qui tient l’inventaire des espèces introduites et décidera de la suite. Une photo et la localisation suffisent.
Les repères à retenir
| Origine du medaka | Japon ; non indigène partout en France |
|---|---|
| Survie dehors | hiberne entre 5 et 10 °C ; populations établies au Kazakhstan, au Turkménistan et en Russie |
| Texte | Code de l’environnement, article L. 411-5 : introduction interdite, volontaire ou par imprudence |
| Peines | jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende (article L. 415-3) |
| Eau du bac | au jardin, jamais dans un cours d’eau ni un caniveau |
| Poissons en trop | donner, échanger, vendre, garder ; jamais relâcher |
Questions fréquentes
Mon bassin de jardin, c’est la nature ?
Non, tant qu’il ne communique pas avec un fossé ou un ruisseau, même par le trop-plein d’un orage. Dans ce cas, c’est un bac. Sinon, il faut le rendre étanche ou grillager la sortie.
Le medaka ne va pas survivre à l’hiver, alors quel risque ?
Il survit. Il hiberne près du fond dès que l’eau descend sous 10 °C et repart au printemps. C’est ce que nous expliquons dans le guide de l’hivernage, et c’est valable dans une mare.
Et les œufs, ou l’eau verte de mon bac ?
Même règle. Les œufs accrochés à une plante éclosent dans une mare comme dans un bac. L’eau se verse au jardin.
Puis-je mettre des medakas dans la mare d’un ami, fermée, sans exutoire ?
Si elle est réellement fermée, c’est un bassin, pas le milieu naturel. Vérifiez l’absence de tout écoulement vers l’extérieur, et rappelez-vous que les hérons transportent parfois des œufs collés aux pattes : un bassin ouvert au ciel n’est jamais tout à fait clos.
Sources
- Code de l’environnement, articles L. 411-5 (version en vigueur depuis le 27 juillet 2019) et L. 415-3, Légifrance.
- U.S. Fish and Wildlife Service, Japanese Medaka (Oryzias latipes) Ecological Risk Screening Summary : populations introduites établies au Kazakhstan, au Turkménistan et en Russie.
- Wikipédia (fr), Oryzias latipes : statut du medaka sauvage au Japon, hybridation par les Himedaka relâchés.
- Tokyo Aqua Garden, メダカの越冬 : seuils d’hibernation.