Lire la température d’un bac de medakas : aube, après-midi, écart jour-nuit

Tous nos calendriers et tous nos seuils parlent de la température de l’eau, jamais de celle de l’air, et pour une raison simple : les deux n’ont pas grand-chose à voir dans un bac posé dehors. L’eau d’un bac de 60 litres est encore à 21 °C à l’aube quand l’air est tombé à 14 °C, et la surface d’un bac noir au soleil prend 10 °C en une heure. Un thermomètre dans l’eau est l’outil le moins cher et le plus utile de l’élevage. Encore faut-il savoir lequel, où le mettre, à quelle heure le lire, et ce que les chiffres veulent dire. Voici ce qu’en disent les éleveurs japonais, et ce que les mesures faites dans de petits plans d’eau ajoutent.

Pourquoi l’air ne dit rien

L’eau se réchauffe et se refroidit plus lentement que l’air, et elle garde la chaleur du soleil reçue dans la journée. Des mesures faites dans de petites mares montrent que l’eau y est en moyenne 4 à 6 °C plus chaude que l’air voisin, et qu’à l’aube une cuve de 25 cm de profondeur peut dépasser l’air de 6 à 8 °C en été. Dans l’autre sens, un bac de trois litres suit l’air presque pas à pas, quand un bac de soixante litres bouge peu dans la journée. Entre les deux, tout dépend du volume, de la couleur, de l’ombre et du vent. La main n’aide pas : elle juge par rapport à l’air et à sa propre chaleur. Les éleveurs japonais le résument en une règle : on juge sur l’eau, jamais sur l’air, et un seul thermomètre suffit, à condition qu’il soit dans le bac.

Une journée dans un bac

Une équipe néerlandaise a enregistré pendant un an, toutes les demi-heures et à cinq profondeurs, la température d’une cuve de 1,10 m de diamètre et de 25 cm d’eau. Le cycle est toujours le même.

  • À l’aube, l’eau est à son minimum, et toute la colonne est à la même température : le mélange de la nuit est achevé.
  • Dès le lever du soleil, la surface se réchauffe plus vite que le fond et l’eau se stratifie. En milieu de journée, la couche du dessus est nettement plus chaude que le fond : 2 à 3 °C en avril, 3 à 4 °C en août dans cette cuve de 25 cm ; dans une jarre de 40 cm, un éleveur japonais a mesuré 1,3 °C d’écart entre sa sonde au fond et son flotteur.
  • Le maximum de la surface tombe en milieu d’après-midi, entre 14 et 16 h, une à deux heures après le pic de l’air, plus tard encore si le bac reçoit le soleil de l’ouest.
  • Le soir, le refroidissement part de la surface et une couche mélangée descend peu à peu, jusqu’à homogénéiser toute l’eau tard dans la nuit.

Trois facteurs amplifient le cycle. Le volume : dans trois bassins de 16, 32 et 96 cm, à la même température moyenne, l’amplitude entre le minimum et le maximum était de 14 °C dans le plus petit et de 7 °C dans le plus grand. La couleur de l’eau et du bac : à 13 h, la couche de surface d’une eau trouble était 2,8 °C plus chaude que celle d’une eau claire, et les éleveurs japonais mesurent une eau verte 5 °C au-dessus d’une eau neuve dans le même soleil, un bac noir de quelques litres prenant 10 °C en une heure. L’abri du vent, enfin : une mare entourée d’herbes hautes avait un gradient deux fois plus fort que la cuve dégagée.

Quel thermomètre, et où le mettre

  • Le flotteur à alcool, quelques euros, sans pile : donné à ±2 °C par son fabricant. Il mesure la surface, donc la couche la plus chaude de la journée, et ne garde rien.
  • Le numérique à sonde, donné à ±1 °C sur la plage utile : le boîtier reste hors de l’eau, la sonde descend où l’on veut.
  • Le numérique à mémoire du minimum et du maximum est le vrai outil du bac extérieur : un coup d’œil le matin donne le plancher de la nuit et le plafond de la veille, c’est-à-dire ce qui s’est passé pendant qu’on n’était pas là. Les éleveurs japonais le conseillent à tous ceux qui s’inquiètent de la chaleur de midi ou du froid de la nuit.
  • Les bandes à cristaux liquides collées sur une paroi lisent le verre, pas l’eau, et se trompent de 1 à 3 °C au soleil. À éviter dehors.

À la boutique, nous avons retenu pour les bacs extérieurs le thermomètre de bassin sans fil SuperFish : une sonde flottante étanche qui reste dans le bac, et un écran numérique qui reçoit la mesure par radio, à lire depuis la maison, sans sortir ; c’est le moyen le plus simple de regarder l’eau à l’aube et à 15 h sans y penser. Pour un bac qu’on a sous les yeux, le thermomètre d’étang flottant, à alcool, fait le travail pour quelques euros, et pour les bacs d’intérieur, les thermomètres d’aquarium à suspendre. Le modèle à coller sur la vitre reste un instrument d’aquarium, pas de bac extérieur.

Le placement compte autant que l’appareil : côté ombre, à mi-hauteur, loin d’une pompe ou d’un chauffage, dans une zone d’eau qui circule modérément, pour lire la moyenne du bac et non son point le plus chaud. On nettoie les algues qui recouvrent la sonde, et on remplace un thermomètre qui vieillit : il dérive. Deux appareils du même modèle ne donnent pas tout à fait le même chiffre ; avec deux ou trois thermomètres dans un bac, on écarte celui qui s’éloigne de 2 °C des autres. Un détail qui ne figure sur aucune notice : les medakas montent sur les flotteurs, et certains y meurent à sec. On préfère un flotteur sans plateau, ou une sonde.

Quand lire, et quoi en faire

Thermomètre de bassin sans fil SuperFish, sonde flottante et écran
Le thermomètre sans fil : la sonde flotte dans le bac, l’écran reste dans la maison. La lecture de l’aube se fait depuis la cuisine.
Moment Ce que mesure la lecture Ce qu’on en fait
Aube Le minimum de la journée, toute la colonne à la même température C’est le chiffre qui décide du nourrissage au printemps et à l’automne : si le matin est sous 10 °C, le repas de l’après-midi ne sera pas digéré pendant la nuit, quoi qu’affiche le thermomètre à 15 h. En mars-avril, une eau froide au matin donne des pontes mal fécondées.
Milieu d’après-midi, 14 à 16 h Le maximum, en surface ; le fond est 1 à 4 °C en dessous C’est le chiffre de l’été : 28 °C est le seuil où l’on pose l’ombrage, 30 °C celui de l’attention, 33 °C la limite que les éleveurs japonais ne franchissent pas. Un bac profond garde un fond plus frais où les poissons descendent.
Lecture du minimum et du maximum, le matin L’amplitude de la veille en un coup d’œil Moins de 5 °C, confortable. Autour de 10 °C, la limite que citent tous les éleveurs japonais. Au-delà plusieurs jours de suite, le poisson s’épuise : un éleveur a relié 12 °C d’écart sur une semaine d’automne à une mycose sur ses poissons.
Soirée Une eau qui redescend depuis la surface Pas de repas tardif ; et un bac qui reçoit le soleil jusqu’à 17 h fait des montagnes russes, c’est lui qu’on déplace.

Une nuance que seuls les fabricants japonais formulent : 15 °C qui montent au printemps et 15 °C qui descendent en octobre ne sont pas la même eau pour le poisson. En descente, après un été chaud, c’est la saison des maladies, et l’on continue d’observer même quand le chiffre est rassurant. L’explication tient à l’acclimatation, qui est asymétrique : gagner la tolérance au froid prend des jours ou des semaines, la perdre prend quelques jours.

Les écarts qui comptent

  • Entre le jour et la nuit : viser moins de 5 °C, tolérer 10. Un ombrage ramène souvent l’amplitude de 10 à 5 °C. Le printemps est la saison des accidents : 20 °C l’après-midi, 10 °C au petit matin.
  • Au changement d’eau : 2 °C d’écart au plus entre l’eau neuve et l’eau du bac, 1 °C en hiver, 3 °C au plus pour les alevins. La nature change lentement, un seau change en un instant.
  • Au transfert d’un poisson : 1 à 2 °C d’écart passent, 5 °C non ; le sac flotte une demi-heure à une heure. Voir le transfert vers le bassin.
  • Au fond du bac : la stratification de l’après-midi n’est pas un défaut, c’est un refuge. Un bac profond garde un fond de 2 à 4 °C plus frais en été, et les poissons l’utilisent.

Ce que la science ajoute

Le medaka tolère de 0 à 40 °C, mais sa limite haute dépend de ce qu’il a vécu. Mesurée en laboratoire sur des poissons élevés depuis des années à 20 °C, la température critique où il perd l’équilibre est de 38,9 °C ; sur des poissons élevés à 30 °C, 43,8 °C. Et cette limite bouge vite : une vague de chaleur de deux semaines la relève de 1,5 °C, et deux semaines plus tard l’effet a disparu. Un poisson de Bretagne qui n’a jamais vu 25 °C n’a pas la marge d’un poisson de Marseille en août.

Sur les fluctuations elles-mêmes, une étude a élevé des medakas de l’éclosion à la maturité à 27 et 30 °C de moyenne, soit constants, soit oscillant de 5 °C chaque jour : les poissons sous fluctuation mûrissent plus tôt et plus petits, sans pondre davantage. Une synthèse de 2024 sur 143 études d’animaux à sang froid conclut que les cycles réguliers changent peu les moyennes, mais qu’ils augmentent les marqueurs de stress et raccourcissent la vie chez les espèces aquatiques, et que ce sont les extrêmes, les canicules, qui font le plus de dégâts. Autrement dit, les éleveurs japonais ont raison de viser 5 °C d’amplitude, et la priorité reste de couper les pointes de l’après-midi.

Pour aller plus loin : un enregistreur

Il existe des enregistreurs de température étanches, flottants ou à sonde, pour quelques dizaines d’euros, qui relèvent l’eau toutes les dix minutes pendant des mois et se lisent sur un téléphone ou un ordinateur. C’est le seul moyen de voir la courbe entière, le creux de l’aube, la montée du matin, le pic de 15 h, et de comparer deux emplacements ou deux couleurs de bac dans le même jardin. Aucune mesure de ce type n’est publiée pour un bac de medakas en France ; si vous en posez un, la courbe nous intéresse.

Les chiffres à retenir

  • Minimum à l’aube, maximum en surface entre 14 et 16 h, une à deux heures après l’air.
  • Surface et fond : 1 à 4 °C d’écart l’après-midi, rien à l’aube.
  • Amplitude jour-nuit : moins de 5 °C confortable, 10 °C limite.
  • Changement d’eau : 2 °C d’écart au plus, 3 pour les alevins.
  • Sonde côté ombre, à mi-hauteur, loin des appareils ; mémoire min-max lue le matin.
  • Thermomètres : ±1 °C pour un bon numérique, ±2 °C pour un flotteur à alcool, 1 à 3 °C d’erreur pour une bande collée.

Questions fréquentes

Il fait 25 °C dehors à midi, puis-je nourrir mes medakas en avril ?

Regardez l’eau du matin. Si elle était à 9 °C à l’aube, non : la digestion s’arrêtera la nuit. Si elle était à 12 °C et plus, une petite ration tôt dans l’après-midi.

Mon flotteur dit 31 °C à 15 h, mes poissons sont au fond. Faut-il intervenir ?

Le fond est probablement à 27-28 °C, c’est pour ça qu’ils y sont. On ombre pour les jours suivants, et on surveille que le maximum redescende sous 30 °C. On n’ajoute pas d’eau froide d’un coup.

Faut-il un thermomètre par bac ?

Un par emplacement différent suffit : deux bacs côte à côte, de même couleur et de même volume, ont la même courbe. Un bac noir et un bac blanc, non.

Sources

  • Jacobs A. F. G., Heusinkveld B. G., Kraai A., Paaijmans K. P., « Diurnal temperature fluctuations in an artificial small shallow water body », International Journal of Biometeorology 52, 2008, pmc.ncbi.nlm.nih.gov : stratification diurne, mélange nocturne, minimum à l’aube et maximum en milieu d’après-midi, lus sur les figures ; Jacobs, Paaijmans, Heusinkveld, « Diurnal temperature cycles in shallow water pools », American Meteorological Society, 2006, ams.confex.com.
  • Paaijmans K. P. et al., Hydrological Processes 22, 2008 (amplitude de 14 °C dans un bassin de 16 cm contre 7 °C dans un bassin de 96 cm) ; Malaria Journal 9, 2010, pmc.ncbi.nlm.nih.gov (eau 4 à 6 °C plus chaude que l’air) ; International Journal of Biometeorology 52, 2008 (eau trouble 2,8 °C plus chaude en surface à 13 h).
  • Morla J. et al., « Multigenerational effects of temperature exposure on upper thermal limit… in medaka », Journal of Thermal Biology 130, 2025, prépublication biorxiv.org : CTmax 38,9 et 43,8 °C ; Vallin J. et al., « Rapid and reversible plasticity of upper thermal limit… in medaka », Journal of Thermal Biology, 2025 : +1,5 °C après deux semaines de chaleur, réversible.
  • Dhillon R. S., Fox M. G., « Growth-independent effects of a fluctuating thermal regime on the life-history traits of the Japanese medaka », Ecology of Freshwater Fish 16, 2007 ; Stocker C. et al., « The effect of temperature variability on biological responses of ectothermic animals », Ecology Letters 27, 2024.
  • Tokyo Aqua Garden, « メダカに最適な水温 » (la température idéale), t-aquagarden.com : écart de 10 °C, 2 °C au changement d’eau ; « 水温計ベスト5 » (les meilleurs thermomètres), t-aquagarden.com : placement, encrassement, dérive.
  • THE AQUA LAB, « メダカの適水温は何度? », practical-aqualabo.com : juger sur l’eau, sonde côté ombre à mi-hauteur, décider d’après le minimum, 3 L contre 60 L.
  • Hime-medaka, « 水温差は10℃未満 », hime-medaka.com ; « 容器の置き場所で変わる水温 », hime-medaka.com ; « 最低水温は何度? », hime-medaka.com : amplitude sous 10 °C, 5 °C avec ombrage, maximum après 15 h, bac noir +10 °C en une heure, acclimatation asymétrique.
  • GEX, « メダカの屋外飼育の月別ポイント », gex-fp.co.jp : 15 °C en montée et en descente, 33 °C.
  • メダカの飼い方.com, « 針子や稚魚に最適な水温 », medaka.papa77.com : lire tôt le matin et en journée, ±3 °C pour les alevins ; medaka-secret-base, test d’un thermomètre à sonde, medaka-secret-base.com : 1,3 °C entre fond et surface, 12 °C d’écart et mycose ; 日淡といっしょ, « すだれはいつ外す? », nittanwith.com : retirer l’ombrage quand le maximum tient sous 28 °C ; Medakaya-en, « 水合わせのやり方 », medakayaen-ec.com : 1-2 °C passent, 5 °C non.
  • Spécifications des fabricants Tetra et GEX pour la précision des thermomètres, comparées sur pono-town.com.