Plantes flottantes et ombrage : passer l’été avec un bac de medakas dehors

Un bac de medakas de 20 cm de profondeur, en plein soleil de juillet, gagne 5 °C en deux ou trois heures ; un bac noir de quelques litres passe les 40 °C en une heure. Sans rien faire, les éleveurs japonais mesurent 34 à 36 °C dans leurs bacs d’été, et c’est là que les poissons cessent de pondre, puis tombent malades. L’ombre est donc le geste de l’été, avant tout autre, et elle se fabrique de deux façons qui ne se valent pas : un store au-dessus de l’eau, ou des plantes flottantes sur l’eau. Voici ce que chacune apporte, dans quelle mesure, quelles plantes conviennent en France, et ce qu’il ne faut surtout pas faire.

Ce que la chaleur fait, en chiffres

Les seuils que citent les éleveurs japonais sont concordants. Vers 28 °C, les medakas sont actifs et pondent. Entre 30 et 32 °C, ils continuent de bouger mais la ponte baisse. Entre 33 et 35 °C, les premiers poissons tombent malades, et 33 °C est la limite que le fabricant GEX demande de ne pas dépasser. À partir de 36 °C, le risque de mort monte en flèche ; vers 40 °C, il est presque certain, même si l’on voit parfois des poissons encore nager. Ce n’est pas seulement la chaleur : l’oxygène se dissout de moins en moins bien à mesure que l’eau chauffe, 9 mg par litre à 20 °C, 7,5 à 30 °C, 7 à 35 °C, et la nuit, quand les plantes et l’eau verte consomment au lieu de produire, un bac chaud et chargé peut s’asphyxier d’un coup. Les Japonais parlent de bacs entiers perdus en une nuit de juillet.

Les régions où cela se produit en France sont connues : l’Est, la vallée du Rhône, le Sud-Ouest et la Méditerranée, de la mi-juin à la fin août, comme le détaillent les calendriers régionaux. En Bretagne, un bac noir sur un balcon plein sud y arrive aussi, un ou deux jours par été. Un thermomètre dans l’eau, lu en milieu d’après-midi, dit où en est votre bac : voir lire la température d’un bac.

L’ombre d’abord : le store au-dessus de l’eau

Au Japon, la protection de référence est le sudare, un store en bambou ou en roseau, posé au-dessus du bac, et les règles de pose font toute la différence.

  • Surélevé, pas posé : 30 à 50 cm au-dessus du bac, sur des piquets ou des cales. Un store posé directement sur le bord fait un four : l’air chaud reste piégé. Un couvercle fermé est pire encore.
  • Partiel : un tiers à la moitié de la surface, jamais tout. Les medakas ont besoin de 13 heures de lumière pour pondre, et les plantes de lumière pour vivre. L’idéal est le soleil du matin et l’ombre de l’après-midi : un bac qui reçoit le soleil de l’ouest jusqu’à 17 h fait les plus grands écarts de température.
  • Aéré : un store laisse passer le vent, qui refroidit la surface par évaporation. Un filet d’ombrage fait le même travail, à 50 % environ, de couleur blanche ou claire de préférence, posé lui aussi au-dessus de l’eau. Les filets trop denses, à 70 % et plus, coupent trop de lumière et affaiblissent les poissons à la longue.

Combien de degrés ? Aucun éleveur japonais n’a publié de mesure avec et sans store ; ils rapportent 2 à 4 °C de moins, et un bac sous double store qui se tient autour de 32 °C en plein été là où il dépasserait 36. L’ordre de grandeur est confirmé ailleurs : des abreuvoirs à bétail ombragés en été australien ont eu des pics de température inférieurs de 6,4 °C à ceux des abreuvoirs au soleil, et une évaporation réduite d’un tiers ; des abreuvoirs chiliens sous toile étaient à 25 °C à 17 h contre 33 °C au soleil. Sur un bassin d’un mètre de profondeur, 40 % de surface ombrée ne gagnent que 0,5 à 0,7 °C de moyenne, mais réduisent d’autant l’amplitude journalière et le nombre de jours au-dessus du seuil, avec une meilleure survie des poissons. Plus le volume est petit, plus l’ombre compte.

Avec le store viennent trois gestes qui ne coûtent rien : déplacer le bac vers un endroit ventilé et à l’ombre claire, ce qui vaut 2 à 3 °C selon les éleveurs japonais ; le poser sur la terre ou sur un caillebotis plutôt que sur du béton ou du bitume, qui renvoient la chaleur ; et remonter le niveau d’eau chaque jour, car un bac qui s’évapore chauffe de plus en plus vite.

Les plantes flottantes : lesquelles, et combien

Les plantes flottantes ombragent la surface, abritent les poissons et servent de support de ponte quand leurs racines pendent dans l’eau. Elles ont deux limites. Elles ne refroidissent pas l’eau comme un store, parce qu’elles reçoivent le soleil à sa place et que leurs feuilles transpirent : les grandes flottantes consomment plus d’eau qu’une surface libre, seules les petites lentilles en économisent un peu. Et elles ne doivent jamais couvrir tout le bac : sous un tapis continu de lentilles d’eau, l’oxygène dissous a été mesuré 83 % plus bas qu’en eau libre à 30 °C, parce que l’oxygène produit par les feuilles part dans l’air et que la surface n’échange plus avec l’atmosphère. La nuit, le tapis consomme et le bac s’asphyxie. Les éleveurs japonais donnent des fourchettes différentes, d’un cinquième à la moitié de la surface ; la plupart tournent autour d’un tiers, et tous disent la même chose : jamais la totalité, et on éclaircit toutes les semaines en été.

Au Japon, la flottante de l’été est la jacinthe d’eau, pour ses racines longues où les femelles accrochent leurs œufs ; les stations d’élevage y récoltent les œufs de fin avril à septembre. Elle est interdite dans l’Union européenne, comme la laitue d’eau depuis août 2024 et la Salvinia géante : voir les plantes du petit bassin. Voici ce qui la remplace en France.

Plante Hiver dehors Ombre et ponte À savoir
Grenouillette, Hydrocharis morsus-ranae oui, par bourgeons qui coulent au fond et remontent au printemps feuilles rondes, racines fines pendantes qui peuvent recevoir les œufs ; couverture moyenne, stolons indigène, protégée dans plusieurs régions : jamais de prélèvement dans la nature, toujours achetée en pépinière
Salvinie nageante, Salvinia natans annuelle, se ressème par spores petites feuilles poilues, couvre vite, racines courtes : peu de ponte protégée au niveau national, cultivée en pépinière ; à éclaircir chaque semaine
Lentille à trois lobes, Lemna trisulca oui vit entre deux eaux, n’ombrage pas la surface mais offre un lacis où les œufs s’accrochent indigène, ne s’emballe pas comme la petite lentille
Grenouillette d’Amazonie, Limnobium laevigatum non, elle meurt au froid la flottante des éleveurs japonais pour la ponte, racines longues, couverture rapide plante d’été à composter à l’automne et à ne jamais rejeter dans un fossé ou une mare : elle a été trouvée naturalisée en France depuis 2022 et l’Union européenne l’étudie pour sa liste
Nénuphar nain, Nymphaea ‘Pygmaea Helvola’ et autres oui, très rustique feuilles flottantes stables, ombre fixe sur un quart de la surface ; pas de racines pendantes en panier sous 10 à 20 cm d’eau, plein soleil ; le plus tranquille des ombrages, pour un bac de 60 litres et plus
Aloès d’eau, Stratiotes aloides ; châtaigne d’eau, Trapa natans oui rosettes, ombre partielle ; la châtaigne demande de la profondeur indigènes protégées régionalement, pour les bassins plus que pour les bacs

Deux flottantes à écarter bien qu’elles soient légales : la petite lentille d’eau, Lemna minor, qui s’invite seule, couvre tout en quelques semaines et ne se laisse plus éradiquer ; et l’azolle, Azolla filiculoides, une fougère rougeâtre qui double sa surface en trois jours, meurt au gel en laissant un tapis pourri, et n’abrite aucune ponte. Les éleveurs japonais les traitent comme des envahisseurs à écumer.

Le bac lui-même

  • Le volume et la profondeur : à volume égal, un bac profond chauffe moins qu’un bac plat, et un grand volume bouge moins qu’un petit. Un bac de 20 cm d’eau est un bac d’été dangereux.
  • La couleur : noir, puis transparent, puis blanc, dans l’ordre de l’échauffement. Le bac noir qui fait ressortir les couleurs des poissons au printemps est celui qu’on ombre le plus en été, ou qu’on remplace par un bac clair.
  • Le double bac : un bac en polystyrène, ou un bac posé dans un bac plus grand, amortit les variations.
  • L’eau verte, légère, est comptée par les Japonais parmi les protections : elle abrite les poissons de la lumière directe. Trop dense, elle fait l’inverse : elle absorbe le soleil en surface, et elle épuise l’oxygène à l’aube. Voir l’eau verte.
  • L’aération gagne un demi-degré à un degré, pas plus, mais elle garantit l’oxygène des nuits chaudes, ce qui est plus important. Un petit ventilateur qui souffle sur la surface fait baisser l’eau de 3 à 4 °C par évaporation, au prix d’un niveau à remonter chaque jour.

Ce qu’il ne faut pas faire

  • Jamais de glace, de bouteille congelée ni d’eau froide du robinet dans le bac : le choc thermique tue plus sûrement que 34 °C. Tous les éleveurs japonais le répètent. Si l’eau est à 34 °C, on ombre, on remonte le niveau avec une eau à la même température, et on aère.
  • Jamais de couvercle fermé, ni de store posé à même le bord.
  • Jamais la surface entièrement couverte de flottantes, et jamais d’eau verte opaque en juillet.
  • Jamais de nourrissage aux heures chaudes : le matin et le soir, et moins qu’au printemps, l’eau chaude supporte mal les restes.

Quand poser l’ombre, quand la retirer

De la mi-juin à la fin août dans l’Est, le Sud-Ouest et la Méditerranée ; en juillet et en août dans le Bassin parisien ; en Bretagne, seulement les jours de canicule annoncée, et sur les bacs noirs. Le critère de retrait, en septembre, est celui des éleveurs japonais : quand la température maximale de l’eau, lue sur un thermomètre à mémoire, reste sous 28 °C plusieurs jours de suite. On retire alors le store et on éclaircit les flottantes, pour rendre aux poissons et aux plantes la lumière de l’automne, qui prépare l’hiver.

Les chiffres à retenir

  • 30 °C : la ponte baisse. 33 °C : plafond. 36 °C : danger de mort.
  • Store ou filet à 50 %, surélevé de 30 à 50 cm, sur un tiers à la moitié du bac : 2 à 4 °C de moins selon les éleveurs, jusqu’à 6 °C sur les pics d’après un essai sur abreuvoirs.
  • Flottantes sur un tiers de la surface, jamais plus de la moitié ; sous un tapis complet, 83 % d’oxygène en moins.
  • Bac clair plutôt que noir, profond plutôt que plat, posé sur la terre plutôt que le béton, niveau remonté chaque jour.
  • Pas de glace, pas de couvercle, pas de repas à midi.

Questions fréquentes

Mon bac est à 35 °C cet après-midi, que faire tout de suite ?

Ombrer avec ce qu’on a sous la main, un drap tendu sur deux chaises, remonter le niveau avec une eau à température proche, ajouter un bulleur. Pas de glace. Le lendemain, store ou déplacement à l’ombre de l’après-midi.

Les flottantes suffisent-elles sans store ?

Dans le Nord et en Bretagne, souvent ; dans le Sud et l’Est, non : elles ne font pas baisser l’eau comme un store, et on ne peut pas en mettre plus d’une moitié sans asphyxier le bac la nuit.

Puis-je garder la grenouillette d’Amazonie dehors l’hiver ?

Non, elle meurt au froid ; on la rentre ou on la composte, et on repart au printemps. Et on ne la jette jamais dans une mare ou un fossé : elle s’est déjà installée dans des rivières françaises.

Sources

  • メダカ屋えん, « メダカの夏の高水温対策 » (mesures contre les hautes températures d’été), 2026, medakayaen-ec.com : tableau des seuils 28, 30-32, 33-35, 36 et 40 °C, bac profond, couleur, couvercle, pas de glace.
  • GEX, « メダカの屋外飼育の月別ポイント », gex-fp.co.jp : ne pas dépasser 33 °C, bacs perdus en une nuit par asphyxie, éclaircir les feuilles en août.
  • Tokyo Aqua Garden, « ビオトープの高水温対策 » (contre la chaleur dans un biotope), t-aquagarden.com : 34-36 °C sans protection ; « メダカに屋根が必要な理由 » (pourquoi un toit), t-aquagarden.com : store surélevé, aéré, filet blanc ; « メダカと浮草 » (medakas et flottantes), t-aquagarden.com.
  • 日淡といっしょ, « 真夏にメダカが産卵しなくなる原因と対策 », nittanwith.com ; « 夏の池の水温上昇・蒸発対策完全ガイド », nittanwith.com : +5 °C en deux ou trois heures dans 20 cm, filet à 50-70 %, 2 à 4 °C, solubilité de l’oxygène ; ほぼメダカ, « すだれは高さが大事 », hobomedaka.com : store à 30-50 cm, 32 °C sous double store ; なおたろファーム, « 浮草と酸欠 », aqua-naotaro.com : au plus un tiers de la surface ; 水草水槽.com, mizukusasuisou.com : asphyxie nocturne sous couvert complet.
  • Webster M. E., Day M. L., « The impacts of shade on evaporation rates and temperatures in stock watering troughs », Australian Journal of Agricultural Research 44, 1993, publish.csiro.au : pics 6,4 °C plus bas, évaporation 7,1 contre 11,1 mm par jour.
  • Lee, Kuo, Chung, Yang, « Effect of Shading Ratio on Japanese Sea Bass and Asian Sea Bass Aquaculture », Fishes 10, 2025, doi.org : 40 % d’ombrage sur un bassin d’un mètre.
  • Parr L. B., Perkins R. G., Mason C. F., « Reduction in photosynthetic efficiency of Cladophora glomerata, induced by overlying canopies of Lemna spp. », Water Research 36, 2002 : oxygène 83 % plus bas sous lentilles à 30 °C ; Daigo K., Phaovattana V., « Evaporation and percolation control in small farm ponds in Thailand », JARQ 33, 1999 : lentilles, 9 à 17 % d’évaporation en moins.
  • Règlement d’exécution (UE) 2022/1203 ajoutant Pistia stratiotes à la liste de l’Union, applicable au 2 août 2024, eur-lex.europa.eu ; arrêté du 14 février 2018 relatif à la prévention de l’introduction et de la propagation des espèces végétales exotiques envahissantes, annexes consolidées, aida.ineris.fr ; EPPO Reporting Service 2026/022, Limnobium laevigatum en France, gd.eppo.int ; statuts de protection des espèces indigènes, référentiel TAXREF du Muséum national d’histoire naturelle.