Quelles plantes aquatiques mettre avec des medakas : le guide du petit bassin

Un bac à medakas sans plante est un bac qui tourne mal : pas d’abri, pas d’ombre, rien pour pondre, et des nitrates qui s’accumulent. Les éleveurs japonais ont une trilogie de base, jacinthe d’eau, cératophylle et élodée, et ils ont chiffré ce qu’il faut en mettre. Mais la jacinthe d’eau est interdite en Europe, et un bac de 30 à 100 litres sur une terrasse française n’est pas une rizière. Cette page dit ce que les plantes font pour les medakas, quelles espèces choisir pour un petit bassin, celles qu’il ne faut jamais mettre, en quelle quantité, et comment les entretenir au fil de l’année.

Ce que les plantes font pour les medakas

Tokyo Aqua Garden résume en quatre mots : « cachette, support de ponte, ombrage, épuration ». Dans le détail :

  • La ponte. La femelle accroche ses œufs sur des racines fines ou des feuilles finement découpées. Les racines des flottantes sont le support idéal, et un pied de cératophylle se coupe avec ses œufs pour les mettre à incuber. Une boutique japonaise précise que dans un bac où adultes et alevins cohabitent, des flottantes « élèvent nettement le taux de survie des œufs et des alevins ».
  • L’ombre. Une couverture partielle de la surface limite l’échauffement d’été et les coups de soleil, et freine l’eau verte excessive.
  • L’abri. « Dehors, insectes et oiseaux guettent les medakas » ; les feuilles cachent d’en haut, les racines cachent dans l’eau.
  • L’épuration. Les plantes consomment l’ammoniaque et les nitrates, « que rien d’autre que les changements d’eau n’évacue ». Kamihata note qu’elles limitent l’eau verte en privant le phytoplancton d’ammoniaque.
  • L’oxygène, avec un revers. Le jour, les plantes en produisent ; la nuit, elles en consomment. Medaka no Yakata prévient que « trop de jacinthes pour le volume d’eau font mourir les medakas d’asphyxie la nuit », et une surface entièrement couverte bloque en plus les échanges gazeux. La règle qui en découle : jamais plus d’un tiers à la moitié de la surface sous les flottantes.

Les trois familles, et ce qu’elles valent dans un petit bassin

Les flottantes : ponte et ombre

La reine japonaise est la jacinthe d’eau, Eichhornia crassipes : racines à œufs, épuration forte, ombre. Elle est interdite à la vente et à la détention dans toute l’Union européenne, espèce envahissante, et de toute façon elle meurt sous 13 °C. On ne la remplace pas par la laitue d’eau, Pistia stratiotes, interdite elle aussi, et classée au Japon parmi les espèces dont la culture et le transport sont prohibés. Les substituts :

  • La grenouillette, Hydrocharis morsus-ranae. Indigène, petites feuilles rondes de 2 à 3 cm, racines fines où les medakas pondent, et surtout rustique : à l’automne elle forme des bourgeons qui coulent, hivernent au fond et remontent au printemps. C’est la flottante du petit bassin français. Attention au nom : la « grenouillette d’Amazonie », Limnobium laevigatum, qu’on trouve sous le même nom courant, est tropicale et ne passe pas l’hiver dehors ; les Japonais la gardent dedans. Elle rend les mêmes services en saison, à condition de ne jamais la relâcher.
  • La salvinie, Salvinia natans. Fougère flottante indigène, racines courtes, pas d’enchevêtrement ; un éleveur japonais la préfère pour les petits bacs. Annuelle, elle disparaît en automne et se ressème par spores.
  • La châtaigne d’eau, Trapa natans. Rosettes flottantes indigènes, annuelles, belles et sans danger.
  • La lentille à trois lobes, Lemna trisulca. Elle flotte entre deux eaux, nourrit la microfaune, et ne forme pas le tapis étouffant de la lentille d’eau commune, à éviter.

Les immergées : oxygène, cachettes, et la plante des œufs

Un éleveur japonais écrit que la seule catégorie « absolument nécessaire » est celle-là : elle oxygène, consomme l’azote, cache les alevins. Le cératophylle, Ceratophyllum demersum, est la plante de référence : sans racines, il flotte entre deux eaux, se coupe en portions, porte les œufs, et passe l’hiver « même là où la glace se forme, replié au fond jusqu’au printemps ». L’élodée des Japonais, Egeria densa, pousse partout et vite, trop : elle est envahissante dans les eaux françaises, et on lui préfère des indigènes qui font le même travail, le myriophylle en épi, Myriophyllum spicatum, la pesse d’eau, Hippuris vulgaris, le potamot crépu, Potamogeton crispus, l’hottonie, Hottonia palustris, qui fleurit en mai. Pour un bac d’intérieur, la vallisnérie, Vallisneria spiralis, tient jusqu’à 16 °C. La scirpe épingle, Eleocharis acicularis, fait un gazon dans 5 à 20 cm d’eau où les alevins se cachent.

Les plantes de berge : la verticale, et l’hiver

Les plantes émergées donnent de la hauteur, abritent les libellules et les grenouilles, et leurs parties immergées persistent l’hiver quand tout le reste a disparu. Dans un petit bassin, on choisit les formes naines :

  • Typha minima, la massette naine : 50 à 70 cm, épis bruns en boule, rustique, en panier pour contenir le rhizome. La massette commune, Typha latifolia, dépasse 2 m et perce les bâches : jamais dans un petit bac.
  • Juncus ensifolius, le jonc à feuilles d’iris, 30 à 40 cm, et Scirpus cernuus, la fibre optique, en touffe retombante de 20 cm.
  • Equisetum japonicum ou Equisetum scirpoides, les prêles : les Japonais aiment la prêle d’eau mais la jugent trop grande au-delà de 50 cm, et conseillent la naine.
  • Mentha aquatica, Veronica beccabunga, Myosotis palustris : des rampantes de bord qui fleurissent, dans 0 à 10 cm d’eau.
  • Caltha palustris, le populage, première fleur du printemps, et Iris versicolor, l’iris de 60 cm qui tient dans un panier là où l’iris des marais, Iris pseudacorus, deviendrait un buisson d’un mètre.
  • Sagittaria japonica, la sagittaire des Japonais, dont les feuilles immergées abritent les alevins et qui se multiplie par stolons.

Le nénuphar : oui, mais nain et en pot

Les Japonais plantent le « hime-suiren », le nénuphar nain, dans leurs biotopes : feuilles de 5 cm, fleurs de 2 à 3 cm, rustique, posé sous 10 à 15 cm d’eau. Mais un éleveur professionnel met en garde : « dans les récipients d’élevage ordinaires, le nénuphar est un peu trop grand », ses feuilles finissent par couvrir la surface et bloquer l’oxygène, et sa terre acidifie l’eau à la longue. La règle : un seul nénuphar nain, Nymphaea ‘Pygmaea Alba’, ‘Pygmaea Helvola’ ou ‘Tetragona’, dans un panier qu’on peut sortir, rempoté chaque printemps, à partir de 60 litres environ. En dessous, on s’en passe. Le faux nénuphar, Nymphoides peltata, indigène à petites feuilles et fleurs jaunes, est une alternative plus légère.

Combien de plantes

  • Immergées : Kamihata donne le seul ratio chiffré, « une tige de cératophylle de 10 cm pour 1,5 litre d’eau ». Pour 30 L, une vingtaine de tiges ; pour 100 L, une soixantaine. Un éleveur japonais compte « cinq tiges pour dix poissons » en intérieur.
  • Flottantes : un tiers de la surface, la moitié au plus, en plein été. Au-delà, la lumière ne passe plus, les poissons mangent mal et l’eau manque d’oxygène la nuit.
  • Berges : deux ou trois paniers pour 100 L, en laissant au moins 10 à 15 cm d’eau libre au-dessus des pots pour la nage.
  • Nénuphar : un, à partir de 60 L.

On introduit d’abord la moitié de ce qu’on prévoit, on laisse le bac s’installer sept à dix jours avant les poissons, et on complète en fonction de ce qui pousse.

Les plantes à ne jamais mettre

La liste européenne des espèces exotiques envahissantes interdit la vente, la détention et le transport de plusieurs plantes de bassin encore courantes dans les vieux catalogues et les échanges entre particuliers. Pour les bassins à medakas, les principales :

  • Jacinthe d’eau, Eichhornia crassipes, et laitue d’eau, Pistia stratiotes.
  • Myriophylle du Brésil, Myriophyllum aquaticum, et myriophylle hétérophylle.
  • Cabomba caroliniana, la plante d’oxygénation des Japonais.
  • Élodée de Nuttall, Elodea nuttallii, et Lagarosiphon major.
  • Jussies, Ludwigia grandiflora et peploides ; hydrocotyle fausse renoncule, Hydrocotyle ranunculoides.
  • Lysichiton americanus et Gunnera tinctoria, vendue aussi sous le nom Gunnera chilensis, pour les berges.

À manier avec prudence, sans être interdites : l’élodée dense, Egeria densa, envahissante dans nos rivières, et les flottantes tropicales comme le Limnobium ou la salvinie géante, qui ne doivent jamais finir dans un fossé. Les Japonais eux-mêmes rappellent que « relâcher dans une rivière ou un étang voisin est strictement interdit », et qu’une plante en trop se détruit en la faisant sécher.

Préparer une plante avant de la mettre au bac

  • Rincer et inspecter. Les plantes vendues en plein air portent des œufs d’escargots, physes et limnées, et parfois des larves de libellule. Deux ou trois jours dans un seau à l’ombre, à l’eau du bac, avant introduction.
  • Les pesticides. Les plantes importées sont souvent traitées pour la quarantaine. Tokyo Aqua Garden observe que « les medakas y sont relativement résistants », mais que les crevettes « meurent après des signes nerveux » : avec des crevettes, on prend des plantes garanties sans pesticides ou cultivées in vitro, ou on trempe deux à trois semaines dans de l’eau reposée.
  • Retirer la laine de roche et le plomb des bouquets, qui salissent l’eau.
  • Planter en panier, dans une terre argileuse lourde, surface couverte de gravier : la plante se sort, se divise, et ses rhizomes ne percent rien.
  • Pas d’engrais dans un bac habité, ou enfoui au fond du pot d’un nénuphar.

L’entretien au fil de l’année

  • Printemps : rempoter le nénuphar fin mars ou avril, diviser les berges, remettre les immergées en place quand l’eau dépasse 15 °C.
  • Été : éclaircir les flottantes chaque semaine, tailler le cératophylle, retirer les plantes mortes avant qu’elles ne pourrissent, couper les racines de flottantes trop longues qui piègent les poissons.
  • Automne : retirer les parties émergées fanées et les feuilles tombées ; les flottantes tropicales rentrent ou disparaissent ; la grenouillette coule d’elle-même.
  • Hiver : ne rien toucher. Le cératophylle replié au fond, les bourgeons de grenouillette et les bases des plantes de berge attendent le printemps. Tokyo Aqua Garden conseille de laisser des plantes « qui résistent au froid » pour l’abri, et de les compléter par une branche ou une poterie. Voir l’hivernage des medakas.

Les chiffres à retenir

Immergées 10 cm de cératophylle pour 1,5 L d’eau
Flottantes un tiers de la surface, la moitié au plus
Nénuphar nain un seul, en pot, sous 10 à 15 cm d’eau, à partir de 60 L
Eau libre au-dessus des paniers 10 à 15 cm au moins
Avant les poissons 7 à 10 jours de plantes seules
Trempage anti-pesticides 2 à 3 semaines, si crevettes
Rustiques dehors grenouillette, cératophylle, myriophylle en épi, pesse d’eau, Typha minima, joncs, prêles, nénuphar nain
Non rustiques Limnobium, salvinies tropicales, Hydrocleys ; dedans ou perdues à l’automne

Questions fréquentes

Mes medakas ne pondent pas sur les plantes, pourquoi ?

Il leur faut des racines ou des feuilles fines, et une eau à 18 °C au moins avec 12 à 14 heures de jour. Une brosse de ponte fait le même office que des racines de flottante, et se retire avec les œufs.

Puis-je mettre des plantes d’aquarium dans un bac extérieur ?

En été, oui : vallisnérie, anubias, mousse de Java y vivent. Elles ne passeront pas l’hiver dehors, sauf la mousse de Java qui résiste à l’eau froide.

Les plantes suffisent-elles à remplacer un filtre ?

Dans un bac extérieur peu peuplé, oui, c’est la méthode japonaise : plantes, escargots, patience, et un poisson pour 1,5 à 2 litres. Le détail est dans élever des medakas en extérieur.

La lentille d’eau est-elle un problème ?

Elle couvre la surface en quelques semaines et étouffe le reste. On l’écume à l’épuisette, et on lui préfère la grenouillette ou la lentille à trois lobes, qui reste entre deux eaux.

Où trouver ces plantes

Les espèces de cette page sont cultivées pour le bassin et disponibles, selon la saison, sur la boutique d’À Flore d’Eau à Lesneven, qui les expédie en France.

Sources

  • Tokyo Aqua Garden, « メダカにおすすめの水草15選 » (quinze plantes pour les medakas), 2021, mis à jour en 2026, t-aquagarden.com ; « メダカと浮草 » (les flottantes), 2025, t-aquagarden.com ; « ビオトープに人気でおすすめの水草10選 », t-aquagarden.com ; « ビオトープで花を育てよう », t-aquagarden.com ; « 水草の残留農薬 » (pesticides), 2023, t-aquagarden.com : rôles, trio de base, seuils de température, surface couverte, nénuphar nain, engrais, pesticides et crevettes.
  • Kamihata, « 趣味のメダカ 飼育のしかた » (comment élever), kamihata-online.com : « une tige de 10 cm de cératophylle pour 1,5 L », plantes et eau verte.
  • Hime-medaka, « メダカ飼育におすすめの浮草 » (flottantes recommandées), hime-medaka.com : salvinies pour petits bacs, le nénuphar trop grand pour un bac d’élevage.
  • Medaka no Yakata, guide d’élevage, medakanoyakata.jp : asphyxie nocturne, racines qui piègent, désinfection des plantes.
  • めだかの大工, « 水草の選び方 » et « 姫睡蓮の植え替え », 2017, medakanodaiku.xyz : les immergées indispensables, rempotage du nénuphar nain, profondeur de 10 à 15 cm.
  • Biotoronica, « ビオトープの水草 », biotoronica.com : hivernage du cératophylle sous la glace, interdiction de relâcher, destruction par séchage. Medakayabase, fiche jacinthe d’eau, medakayabase.com : un tiers de la surface. Ministère japonais de l’agriculture, fiche ボタンウキクサ (laitue d’eau), maff.go.jp.
  • Règlement (UE) n° 1143/2014 et liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union, mises à jour 2016, 2017, 2019 et 2022 : jacinthe d’eau, laitue d’eau, myriophylles, cabomba, élodée de Nuttall, lagarosiphon, jussies, hydrocotyle, lysichiton, gunnera.