Élever des alevins de medaka en intérieur : volumes, changements d’eau, transferts, et pourquoi des alevins de deux semaines tombent au fond

« Mes alevins de dix à quinze jours mangent et nagent normalement, puis tombent au fond, se déplacent à plat pendant vingt-quatre heures sans pouvoir remonter, et meurent le ventre vide. » Cette question, posée sur un groupe d’éleveurs, en contenait d’autres : quel volume par alevin, quels changements d’eau, quels auxiliaires, quand transférer, quel taux de survie espérer. Les éleveurs japonais ont chiffré tout cela, et leurs réponses expliquent aussi le cas : entre le quatrième et le quatorzième jour, un alevin ne meurt presque jamais d’une maladie, mais d’une eau qu’on croit propre, d’une température trop basse, ou de la faim.

Le vocabulaire, et la fenêtre critique

Les Japonais distinguent le harigo, l’« alevin aiguille » de 4 à 5 mm qui vient d’éclore, du chigyo, l’alevin de 7 mm à 1 cm, puis du jeune de 2 cm. L’alevin vit trois à cinq jours sur sa réserve vitelline, un sac qui est « un pique-nique, pas une vessie natatoire ». Puis il doit manger. La période la plus difficile de tout l’élevage du medaka va « du quatrième jour à la deuxième semaine » ; passé deux semaines, « la survie s’améliore nettement ». Des alevins qui meurent entre dix et quinze jours sont donc pile dans la fenêtre où tout se joue, et c’est une bonne nouvelle : les causes y sont connues et peu nombreuses.

Volume d’eau par alevin

Les chiffres convergent, du fabricant GEX aux éleveurs :

Stade Volume par alevin Qui le dit
Éclosion, 4-5 mm 100 ml, soit 20 alevins pour 2 L ; un éleveur préfère 500 ml GEX, Tetra ; boutique Zakkaya Sun
Jusqu’à 1 cm 200 ml, soit 10 pour 2 L ; 1 L dès 5 mm pour grandir vite GEX, Tetra ; Zakkaya Sun, Tokyo Aqua Garden
1 à 2 cm 1 à 2 L Zakkaya Sun, Medakaya En
Adultes sans filtre 2 à 3 L Medakaya En, Hime-medaka

Le récipient compte autant que le ratio. Un éleveur professionnel écrit qu’« avec un verre d’eau, la dose mortelle d’ammoniaque est atteinte en un instant » et veut « 10 à 20 litres dès le départ » ; une boutique spécialisée fixe le minimum à 5 L et l’idéal à 7 à 10 L, et prévient que les nasses flottantes et les boîtes plastiques stagnent et se polluent. Large plutôt que profond : la surface donne l’oxygène, et un alevin de la première semaine « n’a pas la force de plonger chercher une nourriture tombée au fond ». Une nuance utile pour les quinze premiers jours : Tokyo Aqua Garden conseille un petit récipient le temps que l’alevin, mauvais nageur, trouve sa nourriture sans s’épuiser, puis un grand bac dès que la nage est assurée.

Changements d’eau : au stade aiguille, presque jamais

C’est le point où la pratique française la plus courante, un peu d’eau neuve chaque jour, va à l’encontre de toutes les sources japonaises. Tetra : « on ne retire pas d’eau, on complète l’évaporation ». GEX : « au stade alevin, les changements d’eau provoquent facilement accidents et stress ». Hime-medaka : « pendant les deux semaines à un mois qui suivent l’éclosion, le simple complément suffit », avec une raison physiologique, « l’osmorégulation de l’alevin n’est pas développée, la moindre variation est un gros stress et la mortalité bondit ». Medakaya En élève ses alevins en bacs de 60 L et « ne change souvent pas l’eau pendant tout le stade aiguille ».

Un éleveur japonais pousse le raisonnement : « ce qui fait la sécurité, c’est la proportion d’eau changée en une fois ; multiplier les petits changements ne réduit pas l’amplitude de chaque choc », il la répète. Et « compléter l’évaporation ne dilue rien, pas un milligramme de ce qui est dissous ». Les règles qui en sortent :

  • Jusqu’à 7 mm : compléter l’évaporation seulement, siphonner les déchets du fond à la pipette.
  • De 7 mm à 1 cm : un cinquième à un quart, à l’eau reposée à la même température, quand l’eau sent ou que l’ammoniaque est mesurée.
  • À partir de 1 cm, et franchement à 1,5 cm : le régime des adultes, un tiers à la moitié par semaine.

Une seule boutique japonaise fait autrement, un tiers à la moitié tous les trois ou quatre jours au goutte-à-goutte, en reconnaissant que trop de changements provoquent des chocs. L’eau de départ, elle, fait l’unanimité : celle du bac des parents, avec un peu de leur gravier, pour emporter les bactéries et la microfaune. Jamais une eau neuve. L’expression japonaise est « retirer les parents », pas « changer l’eau ».

L’eau qui paraît propre

Un bac d’alevins neuf, sans filtre, n’a pas de cycle. Les nitrites et les nitrates y sont à zéro, non parce que l’eau est saine, mais parce qu’aucune bactérie n’y transforme encore l’ammoniaque. Medaka no Yakata l’écrit pour tout bac neuf : « une eau limpide en apparence peut contenir de l’ammoniaque accumulée », et un éleveur ajoute que « l’ammoniaque est incolore, et les tests six-en-un ne la mesurent pas ». Un alevin, qui tolère l’ammoniaque bien moins qu’un adulte, y succombe « en mort immédiate ». La mesure qui compte dans un bac d’alevins est donc l’ammoniaque, avec une bandelette dédiée ou un test à réactif, pas les nitrites.

Deux pratiques nourrissent l’ammoniaque sans qu’on s’en aperçoive : la poudre en excès, qui tombe et pourrit, et l’excès de soins. Hime-medaka, qui élève par dizaines de milliers, conteste même que la faim soit la première cause de mort et accuse « la pollution de l’eau par sur-protection » : trop de poudre, trop de paramécies, trop de bactéries en flacon, trop d’eau verte concentrée. L’eau du robinet reposée vingt-quatre heures dehors, deux à trois jours dedans, convient ; l’eau minérale en bouteille n’est recommandée par aucune source japonaise, et un blog la juge inadaptée sauf dépannage avec une eau douce. Elle n’apporte rien qu’un alevin réclame, et elle arrive stérile.

La température, cause numéro un selon les éleveurs

Hime-medaka classe les causes de mort des alevins ainsi : la température d’abord, l’eau ensuite, la faim ou la maladie en dernier. « La plupart des morts d’alevins tiennent à la température, pas à la faim. » Les chiffres : 25 à 30 °C pour grandir, 26 à 28 °C chez GEX, 26 °C chez Medakaya En ; « sous 20 °C, pas de croissance » ; un écart de plus de 10 °C dans la journée tue, 5 °C au plus est l’idéal. À 20 °C, la microfaune qui nourrit l’alevin se multiplie « plusieurs fois moins vite » qu’à 25 °C. Un bac posé dans une pièce à 19 °C en octobre, c’est un alevin qui ne grandit pas et finit par manquer de forces. L’intérieur demande un chauffage d’aquarium réglé vers 26 °C, et de la lumière : dix heures par jour pour la croissance, douze à quatorze si l’on veut que les parents pondent.

Les auxiliaires

  • Physes et limnées. Ces escargots « n’attaquent jamais un medaka vivant » et mangent restes et fientes, ce qui est utile dans un bac d’alevins. Deux réserves : en nombre, leurs déjections polluent à leur tour ; et ils font disparaître les cadavres en une nuit, si bien qu’on sous-estime la mortalité. Une boutique japonaise met volontairement quelques planorbes dans ses bacs d’alevins contre les restes, en les limitant.
  • Crevettes. Les Neocaridina sont compatibles, mais mangent un alevin affaibli couché au fond ; les grandes Caridina japonica mangent œufs et alevins. Pas de crevettes dans le bac d’éclosion.
  • Eau verte. La nourriture permanente des alevins dehors, et le meilleur moyen de ne pas les affamer ; dedans, elle demande de la lumière, et elle consomme l’oxygène la nuit si elle est épaisse. Voir l’eau verte.
  • Plantes. Un peu de mousse ou une plante flottante portent de la microfaune et donnent de l’ombre ; aucune source ne leur attribue plus que cela au stade aiguille.

Les transferts

  • Vers un bac plus grand : à 5 mm, 1 L par alevin ; à 7 mm à 1 cm, 2 L par alevin, par exemple trente alevins dans 60 L. Tokyo Aqua Garden et un éleveur préfèrent attendre deux semaines, le temps que la nage soit sûre.
  • Vers le bac des adultes : jamais avant 1 cm, « avec une tête bien formée, en triangle renversé » dit GEX ; 1 à 1,5 cm chez Tetra ; 1,5 cm pour être hors de portée de la bouche des parents. À deux mois, les jeunes mangent eux-mêmes les œufs.
  • Comment : toujours avec leur eau, à la louche ou à la pipette, jamais à l’épuisette ; température égalisée avant ; le nouveau bac ensemencé avec l’eau et le gravier de l’ancien. Un bac neuf « cyclé avec substrat » n’existe pas pour des alevins : c’est le bac des parents qui est cyclé, et c’est son eau qu’on transporte.
  • Trier par taille en deux ou trois classes dès que les écarts dépassent le double : les gros mangent les petits.

Le taux de survie

Le WEB図鑑 japonais juge normale une perte de 20 à 30 % sur les premières semaines. Hime-medaka, en élevage professionnel, affirme que « 90 % et plus n’est pas un chiffre difficile » avec une température stable, une eau non polluée, une densité modérée et de la microfaune. À l’inverse, un débutant japonais raconte trente éclosions en intérieur non chauffé au printemps et deux survivants : il en conclut que « les œufs de printemps ne sont pas faibles, c’est l’eau froide qui rend l’élevage difficile ». Ce qui fait chuter la survie, dans l’ordre : les écarts de température, l’eau polluée par excès de soins, la densité, la faim, et les chocs lors des changements d’eau et des transferts.

Le cas : des alevins de deux semaines qui coulent

Reprenons les éléments : eau minérale neuve, 10 à 15 % changés chaque jour, pas de filtre, nitrites et nitrates à zéro, alevins qui mangent puis tombent au fond, restent à plat un jour et meurent le ventre vide, plutôt les plus gros, des physes dans le bac. Ce que disent les sources japonaises sur un alevin qui coule et ne remonte plus : « épuisement par manque de nourriture, ou dégradation de l’eau et intoxication à l’ammoniaque, ou température basse, ou malformation ». Et une règle de lecture : « si quelques pour cent coulent, c’est individuel, malformation ; si les alevins qui coulent sont de plus en plus nombreux de jour en jour, c’est l’eau ». Un alevin qui « essaie de remonter et retombe » est à bout de forces.

Le tableau décrit coche trois cases à la fois. Une eau neuve chaque jour, stérile, sans bactéries, dans laquelle l’ammoniaque de quinze alevins nourris à la poudre s’accumule sans que rien ne la transforme, et que les tests de nitrites ne voient pas. Des changements quotidiens qui, à cet âge, sont autant de petits chocs osmotiques et thermiques. Et, probablement, une pièce d’automne à moins de 25 °C, où l’alevin digère mal et où la microfaune ne suit pas : il mange, mais pas assez pour sa taille, et meurt le ventre vide. Que les plus gros partent les premiers, aucune source ne l’explique, et nous ne l’expliquerons pas à leur place. Les parents trop jeunes ne sont accusés par personne ; les œufs de fin de saison ne posent problème que dehors, à cause du froid, « en intérieur chauffé, la saison de naissance n’a aucune importance ».

Ce qu’il faut faire : mesurer l’ammoniaque ; chauffer à 26 °C et éclairer dix heures ; arrêter les changements quotidiens, compléter seulement, et siphonner le fond à la pipette ; refaire le bac avec l’eau et un peu de gravier du bac des parents plutôt qu’avec de l’eau en bouteille ; nourrir quatre fois par jour en quantités minuscules, de préférence avec des infusoires ou de l’eau verte en plus de la poudre ; garder quelques escargots, pas une population. Et compter les survivants chaque soir, parce que les physes auront fait disparaître les autres avant le matin.

Les chiffres à retenir

Volume 100 à 500 ml par alevin à l’éclosion, 1 L à 5 mm, 2 L à 1 cm ; récipient de 10 L ou plus, large et peu profond
Eau complément seulement jusqu’à 7 mm ; un cinquième à un quart jusqu’à 1 cm ; régime adulte à 1,5 cm ; eau des parents au départ
À mesurer l’ammoniaque, pas les nitrites
Température 25 à 28 °C, écart journalier sous 5 °C ; aucune croissance sous 20 °C
Lumière 10 h par jour
Nourrissage dès le 3e jour, 3 à 5 fois par jour, en pincées minuscules
Transferts grand bac à 2 semaines ou 1 cm ; adultes à 1,5 cm ; toujours avec l’eau, à la pipette
Survie 70 à 80 % normal, 90 % atteignable ; fenêtre critique du 4e au 14e jour

Questions fréquentes

Faut-il un filtre ou un bulleur dans le bac d’alevins ?

Ni filtre ni courant au stade aiguille. En intérieur, une boutique japonaise conseille un bullage très léger, sans remous, pour éviter que l’eau ne s’abîme ; les autres s’en passent.

Les nitrites sont à zéro, mon eau est donc bonne ?

Non. Dans un bac neuf sans cycle, les nitrites restent à zéro parce que l’ammoniaque n’est pas transformée. Testez l’ammoniaque.

Dois-je retirer les physes ?

Pas forcément : quelques-unes nettoient les restes. Retirez-en si elles pullulent, et sachez qu’elles mangent les alevins morts, ce qui cache les pertes.

Des parents de quatre mois donnent-ils des alevins faibles ?

Aucune source japonaise ne le dit. Ce qui change la vigueur des alevins, d’après GEX, c’est l’éclairage des parents : des parents élevés à l’ombre pondent des œufs transparents, pauvres, et leurs alevins grandissent moins bien.

Sources

  • Tokyo Aqua Garden, « メダカの成長を解説 » (la croissance du medaka), 2022, mis à jour en 2026, t-aquagarden.com ; « メダカ稚魚の生存率を上げる方法 » (améliorer la survie des alevins), 2021, t-aquagarden.com ; « 秋に生まれたメダカを育てる方法 » (élever les alevins nés en automne), 2023, mis à jour en 2026, t-aquagarden.com : pas de filtre, peu de changements d’eau, 1 L par alevin, petit bac les deux premières semaines, la saison n’a pas d’importance en intérieur.
  • GEX, « メダカが孵化したらすべきたった3つのこと » (trois choses à faire après l’éclosion), gex-fp.co.jp : 20 alevins pour 2 L puis 10, 26 à 28 °C, eau et gravier des parents, retour aux adultes à 1 cm, œufs des parents à l’ombre.
  • Hime-medaka, « 針子が死ぬ原因は? » (pourquoi les alevins meurent), « 針子・稚魚の水換え方法 » (les changements d’eau), « 稚魚・針子の育て方 », « 水温が大事 », « 何匹まで? », hime-medaka.com : température d’abord, sur-protection, ammoniaque, osmorégulation, 10 à 20 L, 25 à 30 °C, 90 % de survie atteignables.
  • Medakaya En, « 針子の育て方 », 2026, « 針子・稚魚の水換え », « 死なせない8つのポイント », medakayaen-ec.com : 5 à 10 L minimum, trois règles, un quart au plus, 26 °C, 12 h de lumière.
  • めだかラボ, « 針子・稚魚の水換え » (changements d’eau des alevins), 2026, medaka-lab.com : la proportion plutôt que la fréquence, le complément ne dilue pas, l’ammoniaque est incolore.
  • Zakkaya Sun, « 針子が底にいる原因 », « 歩留まりを上げる方法 », « 引っ越し時期 », zakkaya-sun.shop : causes de l’alevin au fond, 500 ml puis 1 à 2 L, planorbes, transferts à la louche.
  • メダカの飼い方.com, « 針子が沈む » (les alevins qui coulent), 2021, mis à jour en 2026, medaka.papa77.com : le sac vitellin n’est pas une vessie, règle des quelques pour cent.
  • Medaka no Yakata, guide d’élevage, medakanoyakata.jp : eau reposée, ammoniaque en bac neuf, 10 h de lumière. Tetra Japon, spectrumbrands.jp : densités, compléter sans retirer. メダ活のススメ, medakalog.shop : fenêtre du 4e au 14e jour, cadavres mangés par escargots et crevettes. めだかやベース, medakayabase.com : physes et limnées. Sakanato, sakanato.jp : deux survivants sur trente en intérieur froid.