Au Japon, le bac d’hiver des éleveurs de medakas n’est ni un bassin ni un aquarium, c’est la caisse en polystyrène du poissonnier, récupérée gratuitement et couverte d’une plaque. Elle isole, elle ne coûte rien, elle se trouve partout. Mais elle isole dans les deux sens, elle s’effrite au soleil, et un couvercle fermé y fait plus de mal que le gel. Voici ce que les éleveurs japonais en ont appris, ce que la physique en dit, comment en trouver en France, et les deux alternatives quand on n’en a pas : le bac posé dans un bac, et les plaques collées.
Ce qu’un bac perd, et par où
Un bac de medakas posé dehors perd sa chaleur par trois chemins : les parois, le fond, et la surface. Le polystyrène expansé est fait de 98 % d’air emprisonné ; sa conductivité thermique est de 0,03 à 0,04 watt par mètre et par kelvin, contre 0,1 à 0,2 pour le polypropylène des bacs plastiques et 0,5 à 1 pour la terre humide. Une paroi de polystyrène de 3 cm isole une cinquantaine de fois mieux qu’une paroi de bac plastique de 3 mm ; c’est un calcul, pas une mesure, mais l’ordre de grandeur est le bon. Le fond compte aussi : posé sur la terre, un bac plastique échange avec un sol qui, en hiver, est plus froid que lui en surface et plus chaud en profondeur.
Reste la surface, et c’est elle qui domine. Par nuit claire, un plan d’eau rayonne vers le ciel 70 à 95 watts par mètre carré, contre 10 sous une couche de nuages bas, et c’est ce rayonnement qui fait geler la surface même quand l’air reste au-dessus de zéro ; le vent ajoute l’évaporation et la convection. Un bac en polystyrène sans couvercle garde ses parois tièdes et gèle quand même par le dessus. D’où la règle que donne un éleveur japonais : le plus important n’est pas la paroi, c’est d’empêcher la surface de toucher l’air libre.
Le polystyrène en hiver : ce qu’il fait, et ce qu’il ne fait pas
Les éleveurs japonais sont unanimes à le recommander, de Tokyo à Ehime : à volume égal, c’est le matériau qui donne la plus petite amplitude de température, et un bac en polystyrène couvert se mesure un peu plus chaud qu’un bac plastique, un pot à nénuphar ou un aquarium posés à côté. Une collectivité japonaise a même publié le travail d’un écolier qui avait comparé trois récipients pendant six ans et conclu que celui en polystyrène, qui ne conduit pas la chaleur et ne subit pas l’air extérieur, gardait une eau constante. Aucune série de mesures chiffrées n’existe, en revanche ; retenez l’idée, pas un nombre.
Deux réserves, que les mêmes éleveurs formulent. L’isolation joue dans les deux sens : pendant une vague de froid sans soleil, un bac en polystyrène retient le froid qu’il a pris et sa surface gèle plus facilement que celle d’un bac plastique voisin qui se réchauffe au premier rayon ; et une fois la glace formée, elle fond plus lentement. Il faut donc le placer au soleil d’hiver, pas à l’ombre d’un mur. Et au printemps, il est en retard : fin avril, par 22 °C d’air, un éleveur a mesuré 16 °C dans son polystyrène contre 18 à 23 °C dans ses bacs plastiques. Les poissons y sortent de l’hiver plus tard, ce qui est un avantage contre les redoux trompeurs de février, et un inconvénient en avril.
Le couvercle, entrouvert
- Jamais fermé. Un couvercle étanche fait une serre : l’eau se réchauffe en journée, les poissons s’activent sans manger, puis la vague de froid suivante les prend affaiblis. Les éleveurs japonais laissent un tiers à la moitié ouvert, ou découpent un trou au cutter, ou percent de petits trous sur les côtés.
- En polystyrène lui aussi, de préférence : le couvercle de la caisse isole autant que ses parois. Une plaque ondulée ou un store font le même office contre le rayonnement nocturne et la pluie froide.
- La plaque flottante : un morceau de polystyrène posé sur l’eau empêche la glace de se former sous lui, et c’est aussi dessus qu’on verse l’eau d’appoint, pour ne pas brasser l’eau tiède du fond. Des morceaux libres que le vent déplace cassent la pellicule de glace naissante sans électricité.
- L’oxygène : les éleveurs ne sont pas d’accord entre eux, les uns disant qu’une eau froide en retient assez pour des poissons immobiles, les autres qu’un bac fermé peut s’asphyxier. L’ouverture d’un tiers règle la question.
Le polystyrène en été
Le même bac freine la montée de l’après-midi : les éleveurs rapportent moins de 2 °C de variation journalière et une eau sous 28 °C par 35 °C d’air, et le comptent parmi les mesures de base qui, ensemble, gagnent 2 à 3 °C. Mais une eau qui a chauffé y refroidit aussi plus lentement la nuit. Il se combine donc avec l’ombrage, et avec la couleur : blanc ou clair l’été, noir ou sombre l’hiver pour capter le soleil ; au printemps, la couleur ne change rien, un éleveur a mesuré 19 °C dans un bac blanc contre 20 dans un noir. Si on peint, à la peinture à l’eau seulement, et jamais l’intérieur : la peinture à l’huile dissout le polystyrène. Le détail des protections d’été est dans plantes flottantes et ombrage.
Le double bac et les plaques collées
On n’a pas toujours une caisse de la bonne taille, et un bac noir fait ressortir les poissons mieux qu’un bac blanc. Deux solutions font le même travail.
- Le bac dans la caisse : le bac plastique, le Medaka Bowl par exemple, posé dans une caisse en polystyrène plus grande, qui devient la couche isolante extérieure, avec un couvercle par-dessus. On y perd du volume : une caisse de 8 litres n’accueille qu’un bac de 4, les parois font plusieurs centimètres. Dans les régions de neige, les éleveurs doublent même la caisse.
- Les plaques collées : des plaques de polystyrène sur le fond et les côtés d’un bac plastique donnent, disent les éleveurs japonais, le même effet qu’une caisse. On les pose en automne, pas en plein hiver quand les poissons dorment et ne doivent plus être dérangés.
- Le sol : surélever le bac sur des cales ou un caillebotis, pour ne pas échanger avec un sol gelé ; un bac en polystyrène peut rester au sol, son fond isole.
L’enterrement à demi, souvent conseillé en France pour les bassins, n’apparaît chez les éleveurs japonais que comme une mesure d’été, et sans chiffre. Pour un bac de medakas, la caisse ou les plaques font aussi bien, et se déplacent.
Le gel, dans un bac isolé ou non
Les règles ne changent pas avec le matériau. Un bac de 15 cm d’eau au moins, 20 à 30 cm là où il gèle fort, et 60 litres de préférence. Une glace de surface se laisse en place : elle isole, et la casser mélange l’eau tiède du fond, qui se tient vers 4 °C, avec l’eau glacée du dessus. Une seule exception, qu’un éleveur d’Ehime formule bien : dans un bac trop peu profond, le fond descend sous 1 °C et les poissons meurent ; là, on retire la glace et on refait le niveau avec une eau à température proche. Ce qui tue, c’est le gel complet, jamais la pellicule du matin ; un éleveur du centre du Japon a perdu des seaux entiers gelés jusqu’au fond en janvier 2025, et rien dans ses caisses couvertes.
Trouver une caisse en France, et la faire durer
La caisse de marée en polystyrène, 45 à 60 litres, parois d’environ 3 cm, se demande au rayon poissonnerie d’un supermarché ou chez un poissonnier, le matin, avant 10 h, quand les caisses du jour sont vidées. Elles se font plus rares, les enseignes passant peu à peu à des caisses réutilisables, et il vaut mieux en demander une ou deux en octobre plutôt qu’en décembre. Le polystyrène alimentaire est sans danger pour les poissons ; on le rince, c’est tout.
Sa faiblesse est le soleil. Une caisse laissée dehors devient cassante en quelques années, sa surface farine, et des mesures faites sur des caisses exposées montrent qu’elles perdent 5 % de leur masse en un mois de plein soleil, sous forme de micro-particules. Trois conséquences : on la couvre d’un store ou d’une plaque l’été, on la remplace dès qu’elle s’effrite plutôt que de laisser des billes partir au jardin, et on la porte à la déchèterie, où elle est acceptée, plutôt que dans le bac jaune, où elle se fragmente au tri.
Quand rentrer le bac
Les éleveurs japonais n’ont pas de seuil d’épaisseur de glace ; ils décident par région et par poisson. Dans les régions où le gel dure, Est, Centre-Est, montagne, un bac de moins de 60 litres rentre dans un garage ou une cave hors gel, avec les variétés fragiles et les alevins de moins de 1,5 cm. En intérieur froid, l’eau reste souvent entre 5 et 12 °C : pas de nourrissage sous 10 °C, pas de changement d’eau sauf odeur, huit à dix heures de lumière faible, et pas de pièce chauffée par à-coups, un écart de 5 °C en quelques heures fatigue plus qu’un hiver régulier. Les dates par zone sont dans les calendriers régionaux, celui de l’Est en premier.
Les chiffres à retenir
- Polystyrène 0,03 W/m·K, bac plastique 0,1 à 0,2, terre humide 0,5 à 1 : une paroi de 3 cm isole cinquante fois mieux qu’un bac plastique.
- Nuit claire : 70 à 95 W/m² perdus par la surface, 10 sous les nuages. Le couvercle fait le nuage.
- Couvercle ouvert d’un tiers à moitié, jamais étanche.
- Au printemps, le polystyrène a 2 à 7 °C de retard sur un bac plastique.
- Profondeur 15 cm au moins, 60 litres de préférence ; glace de surface laissée en place, fond vers 4 °C.
- 5 % de masse perdue en un mois de soleil : caisse couverte l’été, remplacée dès qu’elle farine, déchèterie à la fin.
Questions fréquentes
Ma caisse en polystyrène a gelé en surface alors que le bac plastique à côté n’a pas gelé. Est-ce normal ?
Oui, c’est le revers de l’isolation : sans soleil, la caisse garde le froid qu’elle a pris. Déplacez-la au soleil d’hiver et couvrez-la aux deux tiers. Les poissons, eux, sont mieux dedans que dans le bac plastique.
Puis-je peindre la caisse en noir pour l’hiver ?
Oui, à l’extérieur seulement, à la peinture acrylique à l’eau. Jamais de peinture à l’huile ni de solvant, qui dissolvent le polystyrène, et jamais l’intérieur.
Faut-il un trou dans le couvercle pour l’oxygène ?
Laissez un tiers du bac découvert, ou un trou de la largeur de la main. Des poissons immobiles dans une eau froide consomment très peu, mais un bac étanche fait une serre, et c’est elle qui est dangereuse.
Sources
- Tokyo Aqua Garden, « 水槽凍結を防止するには » (empêcher le gel), t-aquagarden.com : couvercle en polystyrène, morceaux flottants ; « メダカの冬眠について » (l’hivernage), t-aquagarden.com : couvercle ouvert d’un tiers à moitié, glace de surface tolérée ; « メダカの冬対策と冬眠・無加温のメリット », t-aquagarden.com : le bac dans la caisse.
- THE AQUA LAB, « メダカの屋外飼育容器の選び方 » (choisir son bac), 2026, et « メダカの発泡スチロールを黒くする方法 » (noircir le polystyrène), 2026, practical-aqualabo.com : plus petite amplitude, vieillissement, perte de volume du double bac, peinture à l’eau.
- Zakkaya-sun, « 発泡スチロール容器の断熱効果の罠 » (le piège de l’isolation), 2023, mis à jour 2026, zakkaya-sun.shop : 16 °C contre 18 à 23 °C fin avril, blanc et noir à égalité au printemps.
- Hime-medaka, « なぜ冬に発砲スチロール容器の水面が凍りやすいのか » (pourquoi le polystyrène gèle plus facilement), hime-medaka.com ; « 氷は割る?割らない? » (casser la glace ou non), hime-medaka.com ; « 寒さより「風」が危険? » (le vent plus que le froid), hime-medaka.com.
- 日淡といっしょ, « メダカの冬越し完全ガイド », 2026, nittanwith.com : couvercle aux deux tiers, jamais étanche, régions, intérieur froid ; ひろしゃんのメダカブログ, « 容器の上に蓋を乗せると、氷が張らないよ », 2019, hiroshan-medaka.com : l’effet de serre du couvercle fermé, la surface avant tout ; GEX, « 屋外飼育、冬に備えて », 2016, gex-fp.co.jp : verser l’appoint sur un flotteur, placer au soleil ; メダカの飼い方.com, « 発泡スチロールは冬越しに最適な容器!? », medaka.papa77.com : 98 % d’air ; Medakaya-en, « 失敗しない越冬方法 », 2025, medakayaen-ec.com : glace plus lente à fondre ; Salt and Fresh, « 冬のメダカ飼育と冬越し方法 », 2025, salt-and-fresh.com : plaques collées.
- Ville de Kure, commission scolaire, « ぼくとメダカの六年間 » (mes six années avec les medakas), travail d’élève, 2019, city.kure.lg.jp.
- Engineering Toolbox, conductivités thermiques des matériaux, engineeringtoolbox.com ; FAO, Snyder R. L., de Melo-Abreu J. P., « Frost protection: fundamentals, practice and economics », 2005, chapitre 3, fao.org : rayonnement net nocturne ; USGS, « Water density », usgs.gov.
- Song Y. K., Hong S. H., Eo S., Han G. M., Shim W. J., « Rapid production of micro- and nanoplastics by fragmentation of expanded polystyrene exposed to sunlight », Environmental Science and Technology 54, 2020, doi 10.1021/acs.est.0c02288 : 5 % de masse perdue en un mois ; Citeo, « Feuille de route PSE », septembre 2025, citeo.com : moins de 20 % trié, fragmentation en centre de tri, déchèteries.