Un bac neuf n’est pas prêt le jour où il est rempli. Il faut environ quatre semaines pour que les bactéries qui transforment l’ammoniac des déjections en nitrates, peu toxiques, s’installent en nombre suffisant. Pendant ce délai, l’eau empoisonne les poissons sans que rien ne se voie. Ce guide explique le cycle de l’azote en termes simples, comment savoir quand le bac est prêt, comment accélérer le démarrage, et quels gestes cassent un cycle établi.
Le cycle de l’azote en trois étapes
Un medaka mange, digère, rejette. Ses déjections, les restes de nourriture et les feuilles mortes se décomposent en ammoniac. L’ammoniac est le premier poison du bac. À dose faible, il brûle les branchies et la peau. À dose plus forte, il tue en quelques jours.
Une première famille de bactéries consomme cet ammoniac et le transforme en nitrites. Les nitrites sont moins toxiques que l’ammoniac, mais restent dangereux. Ils bloquent le transport de l’oxygène dans le sang. Un poisson qui respire vite sous la surface dans une eau claire est souvent intoxiqué aux nitrites.
Une seconde famille de bactéries transforme les nitrites en nitrates. Les nitrates sont faiblement toxiques. Les plantes les absorbent comme engrais. Ce qui reste s’évacue par les changements d’eau. La chaîne complète se lit ainsi : déjections, ammoniac (toxicité forte), nitrites (toxicité moyenne), nitrates (toxicité faible). C’est la nitrification (t-aquagarden). Un bac « cyclé » est un bac où cette chaîne fonctionne sans à-coups.
L’ammoniac est plus dangereux encore quand le pH est élevé, ce qui est le cas de la plupart des eaux du robinet françaises, calcaires. Voir les paramètres de l’eau.
Pourquoi un bac neuf tue
Dans un bac qui vient d’être rempli, ces bactéries n’existent qu’à l’état de traces. Les premiers poissons produisent de l’ammoniac dès le premier repas, et rien ne le consomme. Puis la première famille se multiplie, l’ammoniac baisse, et les nitrites montent à leur tour, car la seconde famille est plus lente à s’installer. Le bac traverse deux pics successifs. t-aquagarden situe la période la plus toxique dans les trois premières semaines et donne un cycle complet en quatre semaines environ.
Le piège est que l’eau reste claire. Les poissons meurent un à un entre le cinquième et le vingtième jour, et le débutant conclut à une maladie ou à une mauvaise souche. C’est le « syndrome du bac neuf ». Une vasque de balcon remplie le samedi et peuplée le dimanche connaît le même scénario.
Combien de temps dure le démarrage
Comptez quatre semaines à température de saison. Tokyo Aqua Garden situe l’activité des bactéries nitrifiantes entre 20 et 30 °C, au mieux vers 25 °C ; sous cette plage tout ralentit, et à 0 °C elles survivent sans travailler. Un bac extérieur démarré en mars en Bretagne, avec une eau à 10 ou 12 °C, met donc nettement plus longtemps qu’un bac démarré en mai, sans qu’on puisse donner un nombre de semaines.
Le meilleur calendrier est de préparer le bac avant les poissons : rempli en mars, planté en avril, peuplé en mai. Pour un biotope sans filtre, t-aquagarden conseille 7 à 10 jours de mise en eau avant les premiers poissons, puis un mois d’observation avec quelques sujets seulement avant d’augmenter la population. Si les poissons sont déjà là, on compense par des changements d’eau : un tiers du volume tous les deux à trois jours pendant les trois premières semaines, avec de l’eau à la même température et déchlorée (t-aquagarden).
Accélérer le démarrage

Le mulm d’un bac sain. Une poignée de substrat, une masse filtrante pressée dans un seau, ou le dépôt brun du fond d’un bac qui tourne depuis des mois contiennent des millions de bactéries prêtes à travailler. On les transfère dans le bac neuf sans les laisser sécher. Vérifiez que le bac donneur est sain : pas de poisson malade, pas de traitement en cours.
Un substrat et des supports. Les bactéries vivent fixées sur des surfaces, pas dans l’eau libre. Sable, gravier, terre cuite, céramique, mousse de filtre, racines, pierres : plus le bac offre de surface poreuse, plus la colonie est grande (t-aquagarden).
Des plantes. Elles arrivent avec leurs propres bactéries et consomment une partie de l’ammoniac et des nitrates. Élodée, Ceratophyllum, Najas, grenouillette en surface. Jamais de jacinthe d’eau ni de laitue d’eau, interdites dans l’Union européenne.
De l’oxygène. Les bactéries nitrifiantes ont besoin de beaucoup d’oxygène (t-aquagarden). Un léger brassage de surface accélère le démarrage. Sans pompe, une grande surface d’eau libre et des plantes font le travail.
Des bactéries en flacon. Les souches du commerce ensemencent le bac. Elles ne dispensent pas d’attendre, mais elles raccourcissent le délai et amortissent les pics. Le Medaka PSB s’ajoute au démarrage d’un bac neuf et après un nettoyage lourd.
Nourrir peu. Un repas léger par jour pendant le démarrage : chaque pincée en trop devient de l’ammoniac.
Savoir que le bac est prêt
La seule méthode fiable est le test. Des bandelettes ou des tests à gouttes pour l’ammoniac, les nitrites et les nitrates s’utilisent en une minute. Le bac est cyclé quand l’ammoniac et les nitrites sont à zéro deux jours de suite alors que les poissons mangent normalement, et que les nitrates ont commencé à monter. Les nitrates sont la preuve que la chaîne complète fonctionne.
Sans test, on observe : une eau qui reste claire entre deux changements, un léger dépôt brun au fond, des plantes qui poussent, des poissons qui nagent à mi-hauteur au lieu de rester collés à la surface. Une eau blanchâtre dans les premiers jours est un signe de démarrage, pas d’échec : c’est un pic de bactéries libres qui se calme seul, sans changement d’eau.
Les gestes qui cassent le cycle
Un cycle établi est robuste, mais quelques gestes courants le détruisent en une heure.
- Rincer le filtre à l’eau du robinet. Le chlore tue les bactéries de la masse filtrante. On rince une mousse dans un seau d’eau du bac, jamais sous le robinet, et jamais toutes les masses en même temps.
- Changer trop d’eau d’un coup. Un changement de plus de la moitié du volume, ou un lavage complet du fond, retire une grande part de la colonie et change brutalement les paramètres. Un tiers à la fois suffit. Voir les changements d’eau.
- Traiter dans le bac. Beaucoup de médicaments, le sel à forte dose et le bleu de méthylène tuent aussi les bactéries. Un poisson malade se soigne en bac hôpital. Voir les maladies des medakas.
- Laisser le filtre à l’arrêt. Sans circulation, les bactéries de la masse filtrante meurent par manque d’oxygène, qui leur nuit davantage que le froid d’après Tokyo Aqua Garden. Aucun délai n’est publié ; par prudence, après une panne de plusieurs heures, on rince la masse dans l’eau du bac avant de relancer et l’on surveille l’ammoniaque les jours suivants.
- Surpeupler d’un coup. Doubler la population double l’ammoniac, et la colonie suit avec plusieurs jours de retard. On ajoute les poissons par petits groupes.
Sans filtre, où vivent les bactéries

La plupart des bacs extérieurs de medakas n’ont pas de filtre, et ils fonctionnent. Les bactéries ont besoin de surface et d’oxygène, pas d’un appareil. Dans une vasque, elles colonisent le substrat, les parois, les plantes et le dépôt du fond. Les plantes complètent le travail en absorbant les nitrates, ce qui remplace en partie les changements d’eau (t-aquagarden).
La contrepartie est la densité : quinze medakas au plus pour un bac de 60 cm sans filtre, contre vingt à trente avec (t-aquagarden). Le repère du site reste un litre par poisson au minimum, plutôt deux dehors sans filtre. En intérieur, un aquarium peu planté et sans pompe se dégrade vite, et t-aquagarden ne le recommande pas. Là, un petit filtre est la solution simple. Le Medaka Filter Kit est conçu pour un petit bac de medakas.
Voir aussi le guide d’installation et le bac, la vasque et le biotope.
Les chiffres à retenir
| Durée d’un cyclage complet | Environ 4 semaines à 20-26 °C (t-aquagarden) |
|---|---|
| Période la plus toxique | Semaines 1 à 3, pic d’ammoniac puis pic de nitrites |
| Température favorable aux bactéries | 23 à 26 °C (t-aquagarden) |
| Changements d’eau si les poissons sont déjà là | Un tiers tous les 2 à 3 jours pendant 3 semaines |
| Mise en eau d’un biotope avant les poissons | 7 à 10 jours, puis 1 mois d’observation avant d’augmenter la population |
| Densité sans filtre | 1 litre par poisson au minimum ; 15 medakas au plus dans un bac de 60 cm (t-aquagarden) |
| Bac prêt | Ammoniac 0, nitrites 0, nitrates en hausse, poissons nourris normalement |
Questions fréquentes
Peut-on cycler un bac sans poissons ?
Oui, c’est la méthode la plus sûre. Une pincée de nourriture tous les deux jours se décompose en ammoniac et nourrit les bactéries. Quand les nitrites sont à zéro et les nitrates en hausse, un changement d’un tiers, puis les premiers poissons.
Faut-il cycler un bac extérieur ?
Oui. Le soleil et les plantes aident, mais les bactéries ont besoin du même temps. Remplir en mars, planter en avril, peupler en mai.
Le bac est trouble après une semaine, faut-il changer l’eau ?
Non. C’est un pic de bactéries libres qui se résorbe seul ; on nourrit peu et on attend. Une eau verte est autre chose : voir l’eau verte.
Faut-il retirer le dépôt brun au fond ?
Pas entièrement. Ce mulm héberge une partie de la colonie. On siphonne l’excès, jamais tout, et jamais le même jour qu’un rinçage de filtre.
Sources
- t-aquagarden, colonne « medaka_bacteria » (les bactéries dans l’élevage du medaka), https://t-aquagarden.com/column/medaka_bacteria
- t-aquagarden, colonne « medaka_goldfish_filter_need » (faut-il un filtre pour medakas et poissons rouges), https://t-aquagarden.com/column/medaka_goldfish_filter_need
- t-aquagarden, colonne « medaka_no_pump » (élever des medakas sans pompe), https://t-aquagarden.com/column/medaka_no_pump
- Base de faits medaka.fr (WEB図鑑, Kamihata) : densité d’un litre par poisson.